lundi 31 août 2009

Entrevista con Jodorowksy



Résultats du sondage version Vs traduction littéraire : « Si la version est moins libre… est-ce à cause de la littéralité ? »

Sur 9 votants :

Oui = 7 voix (77%)
Non = 2 voix (22%)

La littéralité est une contrainte, alors… ?

Résultats du sondage Dictionnaire des synonymes, 3 : « Quelle version papier utlisez-vous le plus souvent… ? »

En photo : Le petit Robert, par alexisorloff

Sur 15 votants :

Le Robert = 8 voix (53%)
Larousse = 5 voix (33%)
Bordas = 0 voix
Autre = 2 voix (13%)

Les deux personnes qui utilisent d'autres dictionnaires que le Robert et le Larouse peuvent-elles nous donner les références de leur dictionnaire des synonymes ? Ce serait intéressant d'enrichir nos horizons.
Et ce pauvre Bordas qui ne recueille pas la moindre voix… Est-ce parce que nous ne le connaissons (peut-être mérite-t-il le détour) ou parce que les deux autres sont nettement meilleurs ?

Résultats du Sondage Dictionnaire des synonymes, 2 : Vous uilisez régulièrement…

Sur 15 votants :

Un seul dictionnaire = 2 voix (13%)
Deux au maximum = 8 voix (40%)
Plusieurs en même temps = 7 voix (46%)

Quiz du lundi matin, par Nathalie

En photo : Féminin-masculin, par brigeham34(famille arrivée le...











À nouveau, je vous propose de traduire les mots qui suivent au masculin puis au féminin :

guía :
haz :
margen :
orden :
parte :
pendiente :
pez :
policía :
tema :
vista :

dimanche 30 août 2009

Votre thème du week-end, Sainte-Beuve

En photo : Sainte-Beuve, par stevejr

J'avais dix-sept ou dix-huit ans quand j'entrai dans le monde le monde lui-même alors se rouvrait à peine et tâchait de se recomposer après les désastres de la Révolution. J'étais resté jusque-là isolé, au fond d'une campagne, étudiant et rêvant beaucoup; grave, pieux et pur. J'avais fait une bonne première communion et, durant les deux ou trois années qui suivirent, ma ferveur religieuse ne s'était pas attiédie. Mes sentiments politiques se rapportaient à ceux de ma famille, de ma province, de la minorité dépouillée et proscrite ; je me les étais appropriés dans une méditation précoce et douloureuse, cherchant de moi-même la cause supérieure, le sens de ces catastrophes qu'autour de moi j'entendais accuser comme de soudains accidents. C'est une école inappréciable pour une enfance recueillie de ne pas se trouver dès sa naissance, et par la
position de ses entours dans le mouvement du siècle, de ne pas faire ses premiers pas avec la foule au milieu de la fête, et d'aborder à l'écart la société présente par une contradiction de sentiments qui double la vigueur native et hâte la maturité. Les enfances venues en plein siècle, et que tout prédispose à l'opinion régnante, s'y épuisent plus vite et confondent longtemps en pure perte leur premier feu dans l'enthousiasme général. Le trop de facilité qu'elles trouvent à se rendre compte de ce qui triomphe les disperse souvent et les évapore. La résistance, au contraire, refoule, éprouve, et fait de bonne heure que la volonté dit Moi. De même, pour la vigueur physique, il n'est pas indifférent de naître et de grandir le long de quelque plage, en lutte assidue avec l'Océan.
Ces chastes années qui sont comme une solide épargne amassée sans labeur et prélevée sur la corruption de la vie, se prolongèrent donc chez moi fort avant dans la puberté, et maintinrent en mon âme, au sein d'une pensée déjà forte, quelque chose de simple, d'humble et d'ingénument puéril. Quand je m'y reporte aujourd'hui, malgré ce que Dieu m'a rendu de calme, je les envie presque, tant il me fallait peu alors pour le plus saint bonheur! Silence, régularité, travail et prière ; allée favorite où j'allais lire et méditer vers le milieu du jour, où je passais (sans croire redescendre) de Montesquieu à Rollin; pauvre petite chambre, tout au haut de la maison où je me réfugiais loin des visiteurs et dont chaque objet à sa place me rappelait mille tâches successives d'étude et de piété ; toit de tuiles où tombait éternellement ma vue, et dont elle aimait la mousse rouillée plus que la verdure des pelouses ; coin de ciel inégal à l'angle des deux toits qui m'ouvrait son azur profond aux heures de tristesse, et dans lequel je me peignais les visions du pudique amour! Ainsi discret et docile, avec une nourriture d'esprit croissante, on m'eût cru à l'abri de tout mal. Cela me touche encore et me fait sourire d'enchantement, quand je songe avec quelle anxiété personnelle je suivais dans l'histoire ancienne les héros louables les conquérants favorisés de Dieu, quoique païens Cyrus par exemple, ou Alexandre avant ses débauches. Quant à ceux qui vinrent après Jésus-Christ, et dont la carrière eut des variations mon intérêt redoublait pour eux. J'étais sur les épines tant qu'ils restaient païens ou dès qu'ils inclinaient à l'hérésie : Constantin, Théodose, me causaient de vives alarmes ; la fausse route de Tertullien m'affligeait, et j'avais de la joie d'apprendre que Zénobie était morte chrétienne. Mais les héros à qui je m'attachais surtout, en qui je m'identifiais avec une foi passionnée et libre de crainte, c'étaient les missionnaires des Indes, les Jésuites des Réductions , les humbles et hardis confesseurs des Lettres édifiantes. Ils étaient pour moi, ce qu'à vous, mon ami, et aux enfants du siècle étaient les noms les plus glorieux et les plus décevants, ceux que votre bouche m'a si souvent cités les Bamave, les Hoche, madame Roland et Vergniaux. Dites aujourd'hui vous-même, croyez-vous mes personnages moins grands que les plus grands des vôtres ?

Charles Sainte-Beuve, Volupté, 1835.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Yo tenía diecisiete o dieciocho años cuando entré en el mundo ; entonces el mundo mismo apenas se volvía a abrir y trataba de recomponerse después de los desastres de la Revolución. Yo había permanecido aislado hasta aquel momento, en lo recóndito de un campo, estudiando y soñando mucho ; grave, piadoso y puro. Yo había hecho una buena primera comunión y, durante los dos o tres años siguientes, mi fervor religioso no se había entibiado. Mis sentimientos políticos correspondían a los de mi familia, de mi provincia, de la minoría despojada y proscrita ; me los había apropiado, ensimismado en una meditación precoz y dolorosa, buscando por mí mismo la causa superior, el sentido de aquellas catástrofes que alrededor de mí yo oía acusar como si fueran súbitos accidentes. Es una enseñanza inestimable para una infancia recogida el hecho de no encontrarse, desde su nacimiento y por la postura de su entorno, en el movimiento del siglo, de no dar sus primeros pasos con la muchedumbre en medio de la fiesta, y de enfrentar aparte a la sociedad presente con una contradicción de sentimientos que redobla el vigor nativo y adelanta la madurez. Las infancias venidas en pleno siglo, y que todo predispone a la opinión reinante, se consumen más rápidamente y durante mucho tiempo confunden sin provecho alguno su primer fuego en el entusiasmo general. Al notar con una soltura excesiva lo que triunfa, acaban por desperdigarse y evaporarse. La resistencia, al contrario, inhibe, pone a prueba, y temprano hace que la voluntad dice Yo. Asimismo, en cuanto al vigor físico, no es indiferente nacer y crecer a lo largo de alguna playa, luchando asiduamente con el Océano.
Aquellos años castos que son como un sólido ahorro atesorado sin labor y cargado en la corrupción de la vida, así se prolongaron en mí, ya muy entrado en la pubertad, y mantuvieron en mi alma, dentro de un pensamiento ya fuerte, algo sencillo, humilde e ingenuamente pueril. Hoy cuando me acuerdo de ellos, a pesar de que Dios me ha vuelto tranquilo, casi los envidio, ¡ tanto yo necesitaba entonces poca cosa para la más santa felicidad ! ¡ Silencio, regularidad, trabajo y oración ; alameda favorita donde yo iba a leer y meditar hacia el mediodía, donde yo pasaba (sin creer poder bajar) de Montesquieu a Rollin ; pobre cuartito, en lo más alto de la casa donde me refugiaba lejos de los visitantes y cuyos objetos, cada uno en su sitio, me recordaban mil tareas sucesivas de estudio y de piedad ; techo de tejas en el que se clavaba eternamente mi mirada, y del que le gustaba el musgo mohoso más que el verdor de los céspedes ; pedazo de cielo desigual entre ambos tejados que me abría su profundo azul en las horas de tristeza, y en el que yo me pintaba las visiones del púdico amor ! Así que discreto y dócil, con un alimento espiritual creciente, se me hubiera creído libre de todos los males. Sigo siendo conmovido y sigo sonriendo con encanto cuando pienso en la ansiedad personal con la que yo seguía en la historia antigua a los héroes loables, a los conquistadores favorecidos por Dios, aunque paganos, a Ciro por ejemplo, o a Alejandro antes de sus desenfrenos. En cuanto a los que vinieron después de Jesucristo, y cuya carrera tuvo variaciones, se redoblaba mi interés para ellos. Yo estaba sobre espinas mientras seguían siendo paganos o desde que inclinaban a la herejía : Constantino, Teodosio, me causaban vivas inquietudes ; el camino equivocado de Tertuliano me afligía, y yo sentía alegría al aprender que Zenobia había muerto como cristiana. Pero los héroes con los que me encariñaba sobre todo, en los que me proyectaba con una fe apasionada y libre de temor, eran los misionarios de las Indias, los Jesuitas de las Reducciones, los humildes y atrevidos confesores de las Letras edificantes. Eran para mí, lo que a usted, mi amigo, y a los hijos del siglo, eran los nombres más gloriosos y más decepcionantes, los que su boca me citó tan a menudo, los Bamave, los Hoche, la señora Roland y Vergniaux. Digáme, hoy, ¿ cree usted mismo que mis personajes son menos grandes que los más grandes de los suyos ?

samedi 29 août 2009

Petite revue de presse

« Le président Chávez exerce un leadership qui se nourrit de la confrontation », Libération
http://www.liberation.fr/monde/0101587420-le-president-ch-vez-exerce-un-leadership-qui-se-nourrit-de-la-confrontation

« La politique façon corrida », Libération
http://www.liberation.fr/monde/0101587426-la-politique-facon-corrida

vendredi 28 août 2009

Petite revue de presse

« L’Argentine tolère les petits joints », Libération
http://www.liberation.fr/monde/0101587217-l-argentine-tolere-les-petits-joints

« Une histoire officielle pour faire de Chavez l'exécuteur testamentaire de Bolivar», un article paru dans Le Monde
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/27/divulguer-une-histoire-officielle-est-une-facon-de-faire-apparaitre-chavez-comme-l-executeur-testamentaire-de-bolivar_1232425_3222.html#ens_id=1232429

« Chavez s'apprête à rompre ses relations diplomatiques avec Bogota », Le Monde
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/26/chavez-s-apprete-a-rompre-ses-liens-diplomatiques-avec-bogota_1232010_3222.html#ens_id=1217549

Rencontre avec une jeune traductrice : Marta Martínez Valls

Trababordo nous permet, entre autres choses, de faire d'intéressantes et belles rencontres… Il y a quelques semaines, j'ai ainsi été contactée par une jeune traductrice du catalan et de l'espagnol, Marta Martínez Valls, avec laquelle nous avons échangé des mails, et prévu une prochaine collaboration, sous une forme qu'il reste à déterminer.
N'hésitez pas à aller faire un tour sur son site :
http://mmvalls.hautetfort.com
Et, évidemment, je lui ai soumis notre questionnaire spécial traducteur.
Voici ses réponses :

1. Comment êtes-vous venu à la traduction ?
À vrai dire, mon parcours a été un peu alambiqué.
Très jeune je parlais déjà trois langues (le catalan, le français et l’espagnol) ; de plus, mon père est de Galice : j’avais donc aussi quelques notions de galicien dans la poche, et ceci m’a été très utile lorsqu’il m’a fallu aborder des langues telles que le portugais.
Tout cela, ajouté à ma découverte du latin et du grec ancien, m’a fait acquérir le goût de la linguistique, et c’est pourquoi j’ai d’abord effectué un Master de lettres classiques.
Entretemps, j’ai appris l’occitan et le grec moderne.
Seulement, les langues dites anciennes sont peu appréciées en France, comme ailleurs en Europe (Jan Gibson a publié un article très intéressant sur le problème ce dimanche 23 août dans El Periódico de Catalunya) : dur dur de trouver des débouchés professionnels, lorsqu’on ne souhaite pas se destiner à l’enseignement.
Aussi, je me suis tournée vers le milieu éditorial : l’Université Lyon 2 proposait justement un Master Professionnalisant en « Traduction littéraire et édition critique », avec la possibilité de suivre des options en catalan et en espagnol.
L’idée me plaisait d’autant plus que je m’étais adonnée à la traduction quelques années auparavant (des traductions à deux mains de poèmes grecs en occitan) et que j’avais eu l’occasion de réfléchir sur ce sujet en feuilletant les livres d’Henri Meschonnic. Les conseils d’Amalia Prat, traductrice du français, et de Yoann Gentric, un ami, traducteur de l’anglais, n’ont pas été pour me décourager.
Voilà comment et pourquoi je me suis lancée dans cette aventure… sans regrets !

2. Votre première traduction, qu’en pensez-vous aujourd’hui ?
J’aurais envie de demander : laquelle ?
Depuis 2008, j’en ai réalisé quelques-unes, mais très différentes : jusqu’en juin 2009, la plus grosse était le mémoire de traduction que j’ai rendu pour mon Master et qui portait sur quelques nouvelles de Miguel de Unamuno et le « Prologue » à ses Trois nouvelles exemplaires.
Dans l’ensemble, j’ai toujours traduit des textes courts : des entretiens (parfois réalisés par moi-même : il s’agissait d’auto-traductions, plutôt) ou des essais. Ces dernières sont disponibles sur le volet espagnol de La Clé des langues.
Le genre différait à chaque fois et les exigences aussi.
J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser ces travaux, en particulier mon mémoire de traduction car il me permettait de développer un grand esprit critique : les nouvelles d’Unamuno ayant déjà fait l’objet d’une édition, j’ai eu la possibilité de revoir le texte en français et d’en souligner, le cas échéant, les défauts.
Pendant tout ce temps, j’ai été confrontée à l’un des problèmes que vous soulevez sur votre site : de la version ou de la traduction, lequel des deux exercices est le plus difficile ?
Honnêtement, je pencherais pour le second : lorsqu’il s’agit de version, on n’est évalué qu’à sa connaissance de la grammaire et de la syntaxe, à la maîtrise du vocabulaire dans la langue dite « cible ».
En revanche, la traduction exige un choix bien défini et, par conséquent, une prise de risques non négligeable : il y aura toujours des gens à l’affut pour critiquer notre travail.
Pour ma part, j’avais surtout été habituée à la version (du latin et du grec) : et la frontière entre les deux pratiques est difficile à franchir !
Enfin, pour ce qui est de ma « grande première », elle paraîtra en février 2010 aux éditions Autrement (collection Tinta Blava) : c’est un roman de Josep Pla. Il s’agit d’un travail à deux mains, que m’a proposé Llibert Tarragó, le fondateur et directeur de Tinta Blava. Pour résumer : à moi le déchiffrage avancé du texte, à lui la mise en musique. C’est une traduction qui a requis de nombreux efforts, des recherches au niveau du vocabulaire, du style… Il nous a fallu plusieurs lectures, de nombreux échanges, pour mettre au point une œuvre le plus fidèle possible au texte original. Cela a été gratifiant à maints égards : Pain et Raisin est un très beau roman et j’espère bien qu’il parviendra à séduire le public.

3. Comment voyez-vous le métier de traducteur aujourd’hui ?
C’est un métier difficile.
Au cours de mon année de Master, on nous a présenté plusieurs traducteurs : de leur rencontre il a surtout ressorti que, comme tout métier, celui du traducteur a moins d’avantages que d’inconvénients (les ressources pécuniaires, par exemple).
Ceux qui s’y consacrent sont mus par des motivations différentes : François Maspero nous avait dit, lors d’une rencontre à la Bibliothèque de la Part-Dieu (Lyon) en février 2008, qu’il faisait ça « pour pouvoir manger à sa faim ». C’était un peu décevant.
Ce qui me plaît dans ce métier, c’est surtout la possibilité de traverser des frontières, de divulguer des messages, de faire éprouver au public des émotions ou des sentiments « autres »…
L’exercice du métier n’est pas facile, certes, surtout lorsqu’on commence.
Mais il faut reconnaître que nous sommes bien soutenus : il ne faut pas négliger tout ce que ATLAS fait pour les traducteurs, ni oublier les résidences qui peuvent nous accueillir partout en Europe, l’association Meet…

4. Quelle type de littérature traduisez-vous le plus ? (roman, poésie, théâtre…) Y voyez-vous d’importantes différences en tant que traducteur ?
Depuis que je me suis lancée, j’ai traduit plusieurs types de textes : de la poésie, des entretiens, des essais, de la prose… D’un genre à l’autre, les exigences varient énormément : j’en ai un peu parlé dans mon blog (« J’ai traversé la rivière à la nage »). Une remise en cause constante est nécessaire. À chaque fois, il faut se mettre dans la peau de l’auteur, ce qui peut parfois paraître laborieux… sans oublier le lecteur ! En tout cas, il ne faut pas se dire qu’il est plus facile de faire dans le genre journalistique ou dans les romans parce qu’il s’agit de textes en prose ; il y a dans chaque texte un niveau de difficultés à cerner et dont il faut toujours tenir compte : on ne traduira pas de la même façon L’Assomoir et Le Vol des cigognes…

5. Quels rapports entretenez-vous avec les éditeurs ?
Pour l’instant, mes rapports avec les éditeurs ont été assez fortuits et occasionnels.
J’ai connu de près le milieu éditorial en y effectuant mes stages : chacun d’eux m’a apporté des fruits différents : on ne travaille pas de la même façon dans une maison d’édition savante et pour un site-expert dont l’objectif est la divulgation de documents pédagogiques. Mes missions n’étaient pas, non plus, les mêmes.
Mes premières traductions publiées sur papier sont issues de rencontres tout à fait inattendues avec des auteurs (Ramon Dachs, entre autres) que j’avais interviewés pour La Clé des langues. Mais il n’est pas toujours aisé de trouver des éditeurs disposés à vous publier : soit ce sont de petites maisons, et ils n’ont donc pas les moyens de vous suivre, soit il vous faut avoir fait vos preuves.
En tout cas, je suis très satisfaite des rapports que j’ai entretenus jusqu’à présent avec Llibert Tarragó et ses collègues des éditions Autrement. J’ai tout de suite été plongée dans une atmosphère de confiance et de bonne entente.

6. Quels rapports éventuels entretenez-vous avec les auteurs que vous
traduisez ?
En ce qui concerne mes traductions « longues » (mon mémoire et le roman Pain et Raisin), les auteurs sont morts. Le dialogue s’est établi de manière tacite, à travers l’interprétation de leurs œuvres. Était-ce réellement un dialogue ?
En revanche, lorsque j’ai traduit mes entretiens et le texte de Miquel Desclot pour La Clé des langues, ou de courts récits qu’il m’a été donné de traduire de l’espagnol vers le catalan, j’ai toujours maintenu une relation directe et très ouverte avec les auteurs.
À chaque fois, j’ai eu la chance de côtoyer des personnes qui maîtrisaient également la langue « cible ».
Je leur ai toujours soumis ma proposition de traduction avant de la publier, sans hésiter à débattre sur certains choix. Certains m’ont remerciée pour avoir mis leur texte en valeur, d’autres se sont parfois montrés réticents sur certains points : cela me plaisait. Il est bon, je pense, de pouvoir débattre avec ses collaborateurs : ça nous permet de nous améliorer les uns comme les autres. Aujourd’hui encore, je garde de très bons rapports avec toutes ces personnes.

7. Quel est votre meilleur souvenir, en tant que traducteur ?
La découverte. Et le défi qu’implique toute traduction. Traduire est une terrible aventure : un voyage à travers les lettres, de l’œuvre originale au texte final en passant par le rapport à l’auteur, au lecteur et à nous-mêmes… Il faut toujours garder à l’esprit l’œuvre qui a été produite et celle que nous voulons produire : un éditeur scientifique ne traduira jamais l’Odyssée comme un spécialiste d’éditions pour les jeunes.
La traduction est une découverte de l’autre, mais aussi, et surtout, une découverte de soi !

8. Y a-t-il un texte en particulier que vous aimeriez traduire ou que
vous auriez aimé traduire ?
Il y en a énormément. Une grande partie de la littérature espagnole et catalane a sombré dans l’oubli et ce, malgré la qualité de ses œuvres. Josep Pla en est un exemple. Mais je pense qu’il y aurait aussi à faire du côté d’Unamuno : la traduction des nouvelles proposée par Raymond Lantier m’avait laissée un peu sceptique. Ces textes me semblent d’autant plus attirants qu’ils peuvent susciter de nombreuses réflexions, autant sur leur genre poétique, que sur la traduction : le « comment traduire ? ».

9. Le traducteur est-il pour vous un auteur ou un passeur ?
Nous en revenons au problème du traduttore traditore et des belles infidèles.
Nous en avons longuement discuté avec Llibert Tarragó lors de notre traduction de Josep Pla.
Je pense que le traducteur est un peu des deux : en tant que tel, il se doit de respecter le plus possible le texte qu’il traduit.
Mais toute lecture est subjective, qui plus est s’il s’agit d’une lecture dont nous devenons le porte-parole : impossible de ne pas percevoir dans une œuvre traduite la « griffe » de son traducteur !

10. Traduire a-t-il fait de vous un lecteur différent ? Et si oui, quel lecteur ?
Et comment ! Au cours de notre vie, notre rapport aux œuvres littéraires ne cesse de se transformer : au primaire, ce sont de jolies petites histoires pour nous apprendre à déchiffrer (nous lisons à la ligne) ; au collège, cela commence à changer, nous lisons les lignes, pour le plaisir, mais aussi parce que les professeurs nous l’imposent ; au lycée, puis à la fac, on nous demande de développer un rapport plus analytique… Il faut lire entre les lignes.
En fréquentant des ateliers d’écriture mon rapport au texte s’est transformé une fois de plus : j’ai découvert toute une panoplie de clés et de jeux qui sont à la source de l’œuvre littéraire par excellence.
Depuis, j’appréhende le texte différemment, j’ai appris à le tordre et le retordre dans plusieurs sens.
En tant que traductrice, il m’a fallu m’adapter : lire à la ligne, les lignes, entre les lignes… oui, mais surtout, me rapprocher autant que possible du lecteur, qui est celui que je veux toucher.
Il est difficile après, de lire un livre sans que l’esprit ne se mette à éplucher chacun des mots, à décortiquer des phrases… Mais c’est justement en quoi réside ce plaisir de lire.

11. Question « subsidiaire » : quel conseil pourriez-vous donner à un apprenti traducteur ou une apprentie traductrice ?
Sur ce point, je me contenterai de reprendre le principal que Llibert Tarragó m’a donné tout récemment : « Il faut lire, et lire encore, jusqu’aux sous-couches, le français. »
Et lire… aux éclats ! Lire les contemporains, mais aussi les classiques – Stendhal, Flaubert, Maupassant… Autant les grands auteurs de qui se servent de notre langue « source », que ceux qui écrivaient dans la langue « cible ».
Cela vous permet d’élargir votre éventail culturel et d’accroître les ressources linguistiques que la traduction d’un roman peut exiger de vous.
En ce qui concerne la traduction de Josep Pla pour Autrement, la lecture de Giono, que Maria Bohigas, autre traductrice de Tinta Blava, avait recommandée à Llibert Tarragó, m’a été d’une très grande utilité.
Bien sûr, il faut aussi savoir manier tous les registres du langage, disposer de bons outils de travail (dictionnaires, références littéraires, de bons amis à qui poser des questions…), faire des listes : votre démarche de recherche de champs lexicaux me semble excellente.
Et surtout : il faut y croire !

Votre version de la semaine, Valle-Inclán

En photo : Valle Inclan, par la_celestina

Niño Santos se retiró de la ventana para recibir a una endomingada diputación de la Colonia Española : El abarrotero, el empeñista, el chulo del braguetazo, el patriota jactancioso, el doctor sin reválida, el periodista hampón, el rico mal afamado, se inclinaban en hilera ante la momia taciturna con la verde salivilla en el canto de los labios. Don Celestino Galindo, orondo, redondo, pedante, tomó la palabra, y con aduladoras hipérboles saludó al glorioso pacificador de Zamalpoa :
— La Colonia Española eleva sus homenajes al benemérito patricio, raro ejemplo de virtud y energía, que ha sabido restablecer el imperio del orden, imponiendo un castigo ejemplar a la demagogia revolucionaria. ¡La Colonia Española, siempre noble y generosa, tiene una oración y una lágrima para las víctimas de una ilusión funesta, de un virus perturbador ! Pero la Colonia Española no puede menos de reconocer que en el inflexible cumplimiento de las leyes está la única salvaguardia del orden y el florecimiento de la República.
La fila de gachupines asintió con murmullos : Unos eran toscos, encendidos y fuertes: Otros tenían la expresión cavilosa y hepática de los tenderos viejos : Otros, enjoyados y panzudos, exudaban zurda pedancia. A todos ponía un acento de familia el embarazo de las manos con guantes. Tirano Banderas masculló estudiadas cláusulas de dómine :
— Me congratula ver cómo los hermanos de raza aquí radicados, afirmando su fe inquebrantable en los ideales de orden y progreso, responden a la tradición de la Madre Patria. Me congratula mucho este apoyo moral de la Colonia Hispana. Santos Banderas no tiene la ambición de mando que le critican sus adversarios: Santos Banderas les garanta que el día más feliz de su vida será cuando pueda retirarse y sumirse en la oscuridad a labrar su predio, como Cincinato. Crean, amigos, que para un viejo son fardel muy pesado las obligaciones de la Presidencia. El gobernante, muchas veces precisa ahogar los sentimientos de su corazón, porque el cumplimiento de la ley es la garantía de los ciudadanos trabajadores y honrados: El gobernante, llegado el trance de firmar una sentencia de pena capital, puede tener lágrimas en los ojos, pero a su mano no le está permitido temblar. Esta tragedia del gobernante, como les platicaba recién, es superior a las fuerzas de un viejo. Entre amigos tan leales, puedo declarar mi flaqueza, y les garanto que el corazón se me desgarraba al firmar los fusilamientos de Zamalpoa. ¡ Tres noches he pasado en vela !
— ¡ Atiza !
Se descompuso la ringla de gachupines. Los charolados pies juanetudos cambiaron de loseta. Las manos, enguantadas y torponas, se removieron indecisas, sin saber dónde posarse. En un tácito acuerdo, los gachupines jugaron con las brasileñas leontinas de sus relojes. Acentuó la momia :
— ¡ Tres días con sus noches en ayuno y en vela !
— ¡ Arrea !
Era el que tan castizo apostillaba un vinatero montañés, chaparro y negrote, con el pelo en erizo, y el cuello de toro desbordante sobre la tirilla de celuloide : La voz fachendosa tenía la brutalidad intempestiva de una claque de teatro. Tirano Banderas sacó la petaca y ofreció a todos su picadura de Virginia :
— Pues, como les platicaba, el corazón se destroza, y las responsabilidades de la gobernación llegan a constituir una carga demasiado pesada. Busquen al hombre que sostenga las finanzas, al hombre que encauce las fuerzas vitales del país. La República, sin duda, tiene personalidades que podrán regirla con más acierto que este viejo valetudinario. Pónganse de acuerdo todos los elementos representativos, así nacionales como extranjeros...
Hablaba meciendo la cabeza de pergamino: La mirada, un misterio tras las verdosas antiparras. Y la ringla de gachupines balanceaba un murmullo, señalando su aduladora disidencia. Cacareó Don Celestino :
— ¡ Los hombres providenciales no pueden ser reemplazados sino por hombres providenciales !
La fila aplaudió, removiéndose en las losetas, como ganado inquieto por la mosca. Tirano Banderas, con un gesto cuáquero, estrechó la mano del pomposo gachupín :
— Quédese, Don Celes, y echaremos un partido de ranita.
— ¡ Muy complacido !
Tirano Banderas, trasmudándose sobre su última palabra, hacía a los otros gachupines un saludo frío y parco :
— A ustedes, amigos, no quiero distraerles de sus ocupaciones. Me dejan mandado.

Ramón del Valle-Inclán, Tirano Banderas, 1926.

***

Claire nous propose sa traduction :

Niño Santo s’écarta de la fenêtre pour recevoir une délégation endimanchée de la Colonie Espagnole. L’épicier, le prêteur sur gage, le bien-marié, le patriote hâbleur, le médecin sans diplôme, le journaliste bravache, le riche à mauvaise réputation, s’inclinaient en file indienne devant la momie taciturne qui avait un filet de bave verte à la commissure des lèvres. Don Celestino Galindo, orgueilleux, rondelet et pédant, prit la parole, et, par des hyperboles flatteuses, salua le glorieux pacificateur de Zamalpoa :
La Colonie Espagnole présente ses hommages au patricien méritant, exemple rare de vertu et d’énergie, qui a su rétablir l’empire de l’ordre en imposant un châtiment exemplaire à la démagogie révolutionnaire. La Colonie Espagnole, toujours noble et généreuse, fait une prière et verse une larme pour les victimes d’une illusion funeste, d’un virus perturbateur ! Mais la Colonie Espagnole ne peut faire autrement que de reconnaître que c’est dans l’exercice inflexible des lois que réside l’unique sauvegarder de l’ordre et la floraison de la République. Le rang des émigrés espagnols acquiesça par des chuchotements. Les uns étaient rustiques, vifs et forts, les autres avaient l’air préoccupé et hépatique des vieux commerçants. D’autres encore, couverts de bijoux et tout en panse transpiraient la pédanterie. L’embarras provoqué par le port des gants leur donnait à tous un air de famille. Tirano Banderas marmonna quelques péroraisons étudiées de magister :
Je me félicite de voir comment les frères de notre race qui se trouvent ici, en affirmant
leur foi inébranlable en les idéaux de l’ordre et du progrès, respectent la tradition de la Mère Patrie. Je me félicite grandement de cet appui moral de la Colonie Hispanique. Santo Banderas n’a pas l’ambition de commandement que ses adversaires lui reprochent : Santo Banderas leur assure que le jour le plus heureux de sa vie sera celui où il pourra se retirer et s’enfoncer dans l’obscurité pour cultiver sa propriété, comme Cincinato. Veuillez croire, chers amis, que, pour un vieillard, les obligations de la Présidence sont un très lourd fardeau. Le gouvernant, souvent, doit étouffer les sentiments de son cœur, car l’exercice de la loi est une garantie pour les citoyens travailleurs et honnêtes. Le gouvernant, lorsque arrive le moment de signer une condamnation à la peine capitale, peut avoir les larmes aux yeux, mais sa main ne peut trembler. Cette tragédie du gouvernant, comme je vous le disais tout à l’heure, est trop lourde pour les épaules d’un vieillard. Devant des amis si loyaux, je peux admettre ma faiblesse, et je vous assure que cela m’a déchiré le cœur de signer les exécutions de Zamalpoa. J’ai passé trois nuits blanches !
Allons bon !
La rangée d’espagnol se décomposa. Les pieds, brillants et couverts d’oignons se déplacèrent sur de nouvelles dalles. Les mains, gantées et gauches, s’agitèrent, indécises, sans savoir ou se poser. Dans un accord tacite, les espagnols jouèrent avec les léontines brésiliennes de leurs montres. La momie répéta :
Trois journées à jeûner et à veiller, de jour comme de nuit.
Allons !
Celui qui apostillait était de bonne souche, négociant en vin, noiraud à l’allure boulotte, il avait les cheveux en épis et un cou de taureau qui débordait sur le pied de son col en celluloïd. Sa voix vantarde avait la brutalité intempestive d’une claque de théâtre. Tirano Banderas sortit sa blague à tabac et offrit à tous du tabac de Virginie.
Eh bien, comme je vous le disais, le cœur se brise et les responsabilités du gouvernement finissent par constituer une charge trop lourde. Cherchez l’homme qui soutiendra les finances, l’homme qui canalisera les forces vitales du pays. La République, sans aucun doute, a en son sein des personnalités qui pourront la diriger avec plus de succès que ce vieillard valétudinaire. Que toutes les parties représentatives, nationales ou étrangères, se mettent d’accord…
Il parlait en balançant sa tête de parchemin. Son regard : un mystère derrière ses lunettes verdâtres, et la rangée d’espagnols hésitait dans un murmure, laissant percer leur dissidence flatteuse. Don Celestino caqueta :
Les hommes providentiels ne peuvent être remplacés que par des hommes providentiels !
La rangée applaudit, se déplaçant sur les dalles, comme du bétail dérangé par les mouches. Tirano Banderas, avec un geste de quaker, serra la main du pompeux émigré espagnol :
Restez, Don Celes, et nous ferons une partie d’échecs.
Avec plaisir !
Tirano Banderas, se transformant sur ses derniers mots, faisait aux autres émigrés un salut froid et sobre.
- Vous, mes amis, je ne voudrais pas vous distraire de vos affaires. C’est un ordre.

***

Andrès nous propose sa traduction :

Ninos Santo se retira de la fenêtre afin de recevoir un cortège endimanché de la colonie espagnole:l'épicier, le prêteur, le souteneur qui avait épousé une femme riche, le patriote vantard, le médecin sans diplôme, le journaliste bravache, et le riche à la mauvaise réputation s'inclinaient en file indienne face à la momie taciturne affublée d'une petit filet de salive verdâtre dans la commissure des lèvres. Don Celestino Galindo, ventru, rond, pédant, prit la parole, et avec de flatteuses hyperboles, il salua le glorieux pacificateur de Zamalpoa:

-La colonie espagnole rend hommage a un patrice digne d'honneurs, un rare exemple de vertu et d'énergie, qui a su rétablir l'empire de l'ordre, en imposant un châtiment exemplaire à la démagogie révolutionnaire. La colonie espagnole, toujours noble et généreuse,adresse une prière et verse une larme pour les victimes d'une funeste illusion, d'un virus perturbateur! Mais la colonie espagnole est obligée d'admettre que dans l'inflexible application des lois réside l'unique gardienne de l'ordre et le fleurissement de la république.
La file d'immigrés acquiesça avec des murmures:d'aucuns étaient rustres, enflammés et forts, d'autres avaient l'expression pensive et hépatiquedes vieux épiciers. D'autres, parés de bijoux et ventrus, distillaient une pédanterie maladroite. La gaucherie des mains gantées donnait à tous un air de famille. Tirano banderas marmonna des phrases élaborées à la manière des professeurs de grammaire latine:
- Je me réjouis de voir comment les frères de race ici présents affirmant leur foi inébranlable envers les idéaux d'ordre et de progrès, répondent à la tradition de la Mère Patrie. Je me réjouis fort de cet appui moral de la colonie espagnole. Santos Bandera n'a pas cette ambition de commandement que lui imputent ses adversaires. Santos Banderas vous garantit que le jour le plus heureux de sa vie sera lorsqu'il pourra se retirer et s'enfoncer dans l'obscurité afin de cultiver ses propriétés tel Cincinato. Croyez-moi mes amis, les obligations de la présidence sont un bien lourd fardeau pour un vieillard. La gouverneur, à de nombreuses reprises se doit d'étouffer les sentiments venus du coeur, car appliquer la loi est la garantie des citoyens travailleurs et honnêtes: le gouverneur, étant sur le point de signer une sentence de peine capitale, peut verser quelques larmes, mais sa main n'a pas le droit de trembler. Cette tragédie du gouverneur, comme je vous le disais tantôt, est supérieure aux forces d'un vieillard. Au milieu d'amis si loyaux, je peux dévoiler mes faiblesses et je vous garantis que j'avais le coeur meurtri en signant les mises à mort de Zamalpoa. J'ai passé trois nuit blanches!
- Diantre!
La rangée d'immigrés se décomposa. Leurs pieds vernis et aux orteils saillants changèrent de dalle. Leurs mains gantées et gauches s'agitèrent, indécises, sans savoir où se poser. D'un tacite accord, les immigrés jouèrent avec les léontines brésiliennes de leurs montres. La momie accentua:
-trois jours avec ses nuits blanches et à jeun!
-Sapristi!!
Celui qui apostillait de manière aussi châtiée était un vinicole montagnard, petit et noireaud, le cheveu dru et le cou de toro débordant sur le pied de col en celluloïd. La voix crâneuse avait la brutalité intempestive d'une claque de théâtre. Tirano Banderas sortit sa blague et offrit à tous son tabac de Virginie.
-Et bien, comme je vous le disais, le coeur se déchire, et les responsabilités du gouvernement en viennent à constituer une tâche bien trop lourde. Cherchez l'homme qui soutienne les finances, l'homme qui canalise les forces vitales du pays. La République, sans doute, compte avec des personnalités qui pourraient la régir avec plus d'entendement que ce vieillard valétudinaire. Mettez vous d'accords entre tous les membres représentatifs, tant nationaux qu'étrangers...
Il parlait en hochant sa tête de parchemins: son regard, un mystère derrière les lunettes verdâtres. Et la rangée d'immigrés laissa échapper un murmure, marquant leur adulatrice dissidence. Don Celestino gloussa:
-Les hommes providentiels ne peuvent être remplacés que par des hommes providentiels!
La file applaudit, se déplaçant sur les dalles, tel un troupeau inquiété par la mouche. Tirano Banderas, d'un geste protestant, serra la main du pompeux immigré.
- Restez Don Celes, et nous ferons une partie de tonneau.
- Avec grand plaisir!
Tirano Banderas, s'étant transmué sur son dernier mot, adressait aux autres un salut froid et modéré.
-Quant à vous messieurs, je ne voudrais pas vous distraire de vos occupations. Je reste à votre disposition.

***

Amélie nous propose sa traduction :

Niño Santos s’éloigna de la fenêtre pour recevoir une délégation endimanchée de la Colonie Espagnole. L’épicier, le prêteur sur gage, le maquereau des mariages d’intérêt, le patriote fanfaron, le médecin sans diplôme, le journaliste bravache, le riche mal famé, se penchaient en rang d’oignons devant la momie taciturne, la bave verte au coin de lèvres. Don Celestino Galindo, rond, orgueilleux et pédant, prit la parole et salua le glorieux pacificateur de Zamalpoa à coups d’hyperboles flatteuses :
« La Colonie Espagnole adresse ses hommages au patricien méritant, rare exemple de vertu et d’énergie, qui a su rétablir l’empire de l’ordre, en imposant un châtiment exemplaire à la démagogie révolutionnaire. La Colonie Espagnole, toujours noble et généreuse, prie et pleure pour toutes les victimes d’une illusion funeste, d’un virus perturbateur ! Mais la Colonie Espagnole n’en reconnaît pas moins que c’est dans l’application inflexible des lois que réside l’unique sauvegarde de l’ordre et l’épanouissement de la République.
La haie d’espagnols acquiesça dans un murmure. Certains étaient rustres, enthousiastes et forts. D’autres avaient l’expression pensive et hépatique des vieux épiciers. D’autres, ventrus et parés de bijoux, transpiraient la pédanterie empruntée. L’embarras que leur procuraient leurs mains gantées leur donnait à tous un air de famille. Tirano Banderas marmonna des phrases étudiées de magister :
« Je me félicite de voir comment les frères de race ici présents, affirmant leur foi inébranlable en des idéaux d’ordre et de progrès, répondent à la tradition de la Mère Patrie. Je me félicite amplement de cet appui moral de la Colonie Espagnole. Santos Banderas n’a pas l’ambition de commander que lui reprochent ses détracteurs. Santos Banderas leur garantis que le plus beau jour de sa vie arrivera quand il pourra prendre sa retraite et se plonger dans l’obscurité pour cultiver sa terre, comme Cincinato. Sachez, amis, que les obligations de la Présidence sont un fardeau bien lourd pour un vieil homme. Le gouvernant a souvent besoin de faire taire les sentiments de son cœur, car l’application de loi est la garantie des citoyens travailleurs et honnêtes. Au moment crucial de la signature d’une sentence de peine capitale, le gouvernant peut avoir les larmes aux yeux, mais sa main n’a pas le droit de trembler. Cette tragédie du gouvernant, dont je viens de vous faire part, dépasse les forces d’un vieil homme. Entouré d’amis si fidèles, je peux avouer ma faiblesse, et je vous garantis que mon cœur se brisait quand je signais les fusillades de Zamalpoa. J’ai passé trois nuits sans dormir !
- Grouille !
La rangée d’espagnols se défit. Les pieds vernis aux orteils saillants changèrent de carreau. Les mains, gantées et maladroites, se tordaient, indécises, sans savoir où se mettre. D’un accord tacite, les espagnols se mirent à jouer avec les léontines brésiliennes de leurs montres. La momie renchérit :
« Trois jours et trois nuits à jeûner et veiller !
- Dépêche !
L’expression, châtiée, était apostillée par un viticulteur montagnard, un noir, petit gros, aux cheveux hérissés, et dont le cou de taureau débordait sur les pieds de col en celluloïd. La voix fanfaronne laissait entendre la brutalité intempestive d’une claquette de théâtre. Tirano Banderas sortit sa blague et offrit son tabac haché de Virginie à tout le monde.
« Donc, comme je vous le disais, le cœur se brise et les responsabilités liées au gouvernement deviennent une charge trop lourde. On cherche un homme qui se charge des finances, un homme qui canalise les forces vitales du pays. La République a, sans doute, des personnalités qui pourront la régir avec plus de discernement que ce vieux valétudinaire. Que tous les éléments représentatifs se mettent d’accord, nationaux comme étrangers… »
Il parlait tout en balançant sa tête coiffée d’un parchemin. Le regard, un mystère derrière les lunettes verdâtres. Et la rangée d’espagnols lâcha un murmure, indiquant ainsi sa dissidence flatteuse. Don Celestino cria :
« Les hommes providentiels ne peuvent être remplacés que par des hommes providentiels ! ».
La file applaudit, se bousculant sur les carreaux, comme du bétail agacé par une mouche. Tirano Banderas, d’un air de quaker, serra la main de l’espagnol prétentieux :
« Restez, Don Celes, nous ferons une partie de chasse.
- J’en serai ravi ! »
Tirano Banderas, qui se ferma en prononçant son dernier mot, lança aux autres espagnols un salut froid et sobre :
« Quant à vous autres, amis, je ne veux pas vous distraire de vos occupations. Vous me laissez obligé.

mardi 25 août 2009

Une question aux apprenties traductrices à présent traductrices tout court

Nous reparlerons de tout cela lors de la soutenance et après… mais j'ai d'ores et déjà une question à vous poser.
À présent que le travail et terminé et rendu (j'ai reçu la dernière enveloppe ce matin), pensez-vous que le texte que vous avez choisi, au mois d'octobre, était le plus adapté aux exigences de l'exercice demandé et avez-vous des regrets de ce point de vue ? Ce que je cherche à savoir, c'est évidemment s'il y a un décalage entre l'idée que l'on se fait de la traduction et les conclusions auxquelles on aboutit après s'y être réellement et, en l'occurrence, longuement frotté.
Vous pouvez répondre via les commentaires…
Merci d'avance.

Encore un article sur Cuba dans Libération…

http://www.liberation.fr/monde/0101586716-la-tele-cubaine-diffuse-les-premieres-images-de-fidel-castro-depuis-14-mois

Entrevista con Antonio Gala







lundi 24 août 2009

« Récit d’une expérience », par Jacqueline

En photo : apnée, par Alain Bachellier

Je sors de l’apnée dans laquelle je suis plongée depuis quelques semaines et ma première bouffée d’oxygène est pour Tradabordo. Dans un post récent, Nathalie vous a donné ses impressions sur l’« atelier de traduction » informel que nous avons formé spontanément, elle et moi ; en écho, je vais vous faire part des miennes.
En fait, tout est parti d’un coup de fil amical où nous exprimions nos craintes réciproques de laisser des coquilles dans ce que nous souhaitions être un travail « sans reproche » ou presque ; une séance de deux ou trois heures serait suffisante, pensions-nous, pour relire nos documents réciproques avant impression. Rendez-vous pris, nous nous mettons au travail, l’une en face de l’autre.
Nous nous mettons alors à exprimer nos doutes, nos remarques à haute voix et de fil en aiguille, nous consacrons… cinq séances de cinq heures chacune à ce travail de relecture approfondie !
Animées d’une même exigence, d’un même désir de perfectionnisme, nous découvrons que nous nous entendons parfaitement dans cet échange. Nous remarquons que nous trouvons assez facilement le mot que nous estimons juste pour le texte de l’autre alors que nous avons sué sang et eau sur le nôtre.
Ce travail m’a permis de confirmer plusieurs choses : d’abord, ce que je préfère, c’est le travail en groupe ou en binôme, un esprit de saine émulation me permet de tirer le meilleur parti de mes connaissances et de me dépasser pour aider l’autre – et réciproquement je crois – Certes il n’existe pas d’atelier de traduction quand on aborde une démarche professionnelle, mais rien n’interdit d’en créer un !
Ensuite, que le travail de traducteur est particulièrement difficile : malgré les multiples versions que nous avions faites avant de nous rencontrer, force est de constater qu’il restait des imperfections (il en reste sans doute encore) ; c’est donc une école de persévérance et d’humilité.
Mais c’est un travail qui donne des satisfactions insoupçonnées : moi, la « plus que très » active, j’ai pu rester des heures sans me lever, totalement absorbée par le choix d’un mot, la correction typographique, l’histoire. Celle de Nathalie, vous verrez est bien jolie, délicate, avec juste ce qu’il faut d’humour ; en revanche, elle a dû souffrir en creusant stoïquement « la mienne », car à la fin, elle m’a posé cette question : « Comment supporter la promiscuité, la violence, la saleté… omniprésentes dans le texte ? » Eh bien, chère Nathalie, grâce à l’amour, celui que j’ai éprouvé pour tous ces prisonniers, ils sont pour moi bien réels, et au-delà, pour toutes les victimes de l’enfermement ; il m’a semblé qu’en peinant pour rendre leurs sentiments, au –delà de leurs actes, je faisais œuvre utile, œuvre d’amour. Mais n’étant pas Mère Teresa, il est évident que j’ai parfois eu, comme toi, la nausée. Tu m’as demandé aussi si « cela aurait pu être un critère de non traduction ? » Ma réponse est claire : non, mille fois non. Toute histoire a sa valeur, parfois cachée, à nous de la débusquer et de la rendre du mieux possible. Se colleter avec un texte qui n’est pas des plus faciles m’a obligée à sortir de mes sentiers battus ; à vrai dire, je crois que c’est un travail qui a changé mon regard.
Tout comme notre expérience a été en quelque sorte « la cerise sur le gâteau » : nous avons travaillé dans la bonne humeur, avec parfois des fous rires de collégiennes et tout cela a été bien gratifiant.
À la fin de cette année, sans préjuger de ce qui en sera la conclusion, les apprenties traductrices de Tradabordo nous sentons fières du moins de l’effort accompli ; à cet égard, j’ai beaucoup apprécié l’illustration qui ornait le dernier post du Capitaine, un magnifique paquebot… c’est comme si après avoir embarqué sur le voilier des pionniers, nous jetions enfin l’ancre dans des eaux majestueuses et calmes ! Tout cela me renvoie à l’idée de la soutenance, une autre épreuve, la dernière. La dernière ?

La quiz du dimanche, qui arrive le lundi…, par Nathalie

En photo : tous les garçons et les filles..., par petitecat25










Je vous propose de traduire ces mots au masculin puis au féminin :

barba :
calavera :
capital :
cólera :
cometa :
corte :
creciente :
cura :
espada :
frente :

Un article sur les « balseros » dans Libération

http://www.liberation.fr/monde/0101585206-quinze-ans-apres-les-balseros-cubains-rament-toujours

Pour information

Je viens de publier les propositions de traduction d'Amélie, Chloé, Laëtitia Sw et Brigitte pour la version de la semaine dernière, le texte de Cabanas.

dimanche 23 août 2009

Un article à lire : « La traduction littéraire, un objet sociologique », par Johan Heilbron et Gisèle Sapiro

http://www.cairn.info/article.php?REVUE=actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales&NUMPUBLIE=2002-4&PP=3

Votre thème du week-end, Zévaco

En photo : Bouquet de fleurs à Paris, par gelinh

« … Et pour finir d’un mot, mademoiselle Lise… – pardon : madame à présent ! – aussi vrai que vous êtes la perle du quartier… du bonheur ! on vous en souhaite plein le cœur, plein la vie ! »
Alors, autour de la mariée, c’est un cliquetis cristallin de coupes entre-choquées, une confusion de vœux attendris, de bons rires mouillés de pleurs, une explosion de sympathie charmée.
Et elle, une blonde aux yeux bleus, elle, si fièrement heureuse et si précieusement jolie que c’est une bénédiction, vraiment, d’admirer tant de grâce et de bonheur unis sur un même visage humain, souriante, balbutiante, c’est vers lui… vers son Georges… vers l’époux bien-aimé, qu’elle tourne son regard noyé de tendresse.
Lui ! vingt-six ans, très élégant, d’une distinction de parole et de geste qui intimide ce milieu de petite bourgeoisie, un front audacieux, des prunelles d’une vertigineuse douceur, une sourde inquiétude sous le masque d’insouciance… une de ces physionomies tourmentées, trop belles, qui affolent l’imagination féminine.
Autour de la nappe familiale, ils sont douze, pas plus : la mariée, Lise ; le marié, Georges Meyranes ; témoins et invités, – ouvriers aisés du voisinage ; – les demoiselles d’honneur : deux Watteau populaires en percale rose, et enfin, la veuve Frémont, figure de claire bonté, sous la riche coiffe angevine, admirable rayonnement d’affection passionnée lorsqu’elle contemple celle qu’elle nomme son enfant, sa fille, sa Lisette…
– Maintenant, reprend le témoin qui vient de parler – un métallurgiste de l’usine Cail – à la bonne franquette ! Il n’y a pas de noce sans chanson ; il faut que chacun dise la sienne !
– Honneurs aux dames, alors ! proclame un autre – un
électricien du « Bon Marché » – et que la mariée commence !
– Moi, je demande C’est un oiseau qui vient de France !
crie un invité.
Par la fenêtre ouverte, un beau soleil de mai jette ses flots de gaîté dans la coquette salle à manger. Du boulevard des Invalides, monte l’allégresse d’une ronde enfantine. Les cloches de Saint-François-Xavier carillonnent quelque cérémonie. Là-bas, dans l’avenue de Villars, la musique d’un régiment qui passe lance les éclats sonores de ses cuivres…
Et ce sont les joies plébéiennes éparses dans l’air de cette splendide après-midi, qui viennents’associer à la joie intime qui vibre en ce troisième étage de la rue de Babylone.
Et c’est la lointaine fanfare, ce sont les cloches voisines, c’est le soleil, c’est Paris qui entrent et murmurent à la mariée :
– Comme elle est jolie ! … Ah ! puissent s’accomplir les vœux des braves gens qui l’entourent !
Heureuse ?… Elle l’est au delà de tous les souhaits. Elle vit le cher rêve de son cœur. Cette heure adorable réalise toute son espérance. Elle s’appelle maintenant Mme Meyranes. Et elle répète ce nom, tout bas, dans une extase ravie… Georges est à elle !
Lui, tandis que les verres se choquent, moussent et rient…, lui, debout, fixe un point au dehors…
Et ce n’est pas sur les deux larges avenues venant se croiser à cet angle que tombe la foudre de son regard un instant illuminé d’un éclair sauvage… ni sur l’église où se sont, il y a trois heures à peine, échangées les alliances…

Michel Zévaco, Les Fleurs de Paris, 1904.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

« … Y para acabar con una palabra, señorita Lise… – disculpe : señora ahora ! – tan verdad como es la alhaja del barrio… ¡ muchas felicidades ! ¡ que llenen su corazón, su vida ! »
Entonces, alrededor de la novia, se oyen el choque cristalino de las copas, una confusión de votos enternecidos, de buenas risas empapadas de llantos, una explosión de simpatía encantada.
Y ella, una rubia de ojos azules, ella, tan orgullosamente feliz y tan preciosamente guapa que es una bendición, realmente, admirar tanta gracia y tanta dicha unidas en un mismo rostro humano, sonriendo, balbuceando, dirige hacia él… hacia su Georges… hacia el esposo querido, su mirada sumergida de ternura.
¡ Él ! veintiséis años, muy elegante, de una distinción en el hablar y en el actuar que intimida a esa clase de la pequeña burguesía, una frente audaz, unos ojos de una vertiginosa dulzura, una sorda inquietud bajo la máscara de despreocupación… una de esas fisionomías atormentadas, demasiadas bellas, que enloquecen la imaginación femenina.
Alrededor de la mesa familiar, son doce, no más : la novia, Lise ; el novio, Georges Meyranes ; padrinos e invitados, – obreros acomodados del vecindario ; las damas de honor : dos Watteau populares de percal rosa, y por último, la viuda Frémont, con su rostro de clara bondad, bajo la rica toca angevina, resplandeciendo admirablemente de un cariño apasionado al contemplar a la que llama su niña, su hija, su Lisette…
– Ahora, prosigue el padrino que acaba de hablar – un metalurgista de la fábrica Cail – ¡ a la pata la llana ! No hay boda sin canción ; ¡ hace falta que cada uno diga la suya !
– Entonces, ¡ honor a la damas ! proclama otro – un electricista del « Buen Mercado » – ¡ que empiece la novia !
– ¡ Yo pido Es un pájaro que viene de Francia ! grita un invitado.
Por la ventana abierta, un hermoso sol de mayo echa sus raudales de alegría en el coquetón comedor. Del bulevar de los Inválidos, sube el alborozo de un corro infantil. Las campanas de San Francisco-Javier repican para alguna ceremonia. Allá, en la avenida de Villars, la música de un regimiento que está pasando echa los estrépitos de sus cobres…
Y las alegrías plebeyas dispersas en el aire de esta espléndida tarde vienen a unirse a la alegría íntima que vibra en esta tercera planta de la calle de Babilonia.
Y la lejana charanga, las campanas vecinas, el sol, París, entran y murmuran a la novia :
– ¡ Qué guapa es ! … ¡ Ah ! ¡ Ojalá se cumplan los votos de la buena gente que la rodean !
¿ Feliz ?… Lo es, más allá de todos sus deseos. Ella está viviendo el querido sueño de su corazón. Esta hora encantadora realiza toda su esperanza. Ahora se llama señora Meyranes. Y está repitiendo este apellido, bajito, en una éxtasis embelesada… ¡ Georges es suyo !
Él, mientras están chocando, espumando y riendo las copas…, él, de pie, mira fijamente un punto fuera…
Y no es en las dos avenidas anchas que se cruzan en esta esquina en las que cae su mirada fulminante iluminada un instante por un relámpago salvaje… ni en la iglesia donde, hacía apenas tres horas, se cambiaron los anillos…

vendredi 21 août 2009

Votre version de la semaine, Delibes

En photo : miguel delibes, par ekaitzherrera

El valle, en rigor, no era tal valle sino una polvorienta cuenca delimitada por unos tesos blancos e inhóspitos. El valle, en rigor no daba sino dos estaciones: invierno y verano y ambas eran extremosas, agrias, casi despiadadas. Al finalizar mayo comenzaba a descender de los cerros de greda un calor denso y enervante, como una lenta invasión de lava, que en pocas semanas absorbía las últimas humedades del invierno. El lecho de la cuenca, entonces, empezaba cuartearse por falta de agua y el río se encogía sobre sí mismo y su caudal pasaba en pocos días de una opacidad lora y espesa a una verdosidad de botella casi transparente. El trigo, fustigado por el sol, espigaba y maduraba apenas granado y a primeros de junio la cuenca únicamente conservaba dos notas verdes: la enmarañada fronda de las riberas del río y el emparrado que sombreaba la mayor de las tres edificaciones que se levantaban próximas a la corriente. El resto de la cuenca asumía una agónica amarillez de desierto. Era el calor y bajo él se hacía la siembra de los melonares, se segaba el trigo, y la codorniz, que había llegado con los últimos fríos de la Baja Extremadura, abandonaba los nidos y buscaba el frescor en las altas pajas de los ribazos. La cuenca parecía emanar un aliento fumoso, hecho de insignificantes partículas de greda y de polvillo de trigo. Y en invierno y verano la casa grande, flanqueada por el emparrado, emitía un «bom‑bom» acompasado, casi siniestro, que era como el latido de un enorme corazón.
El niño jugaba en el camino, junto a la casa blanca, bajo el sol, y sobre los trigales, a su derecha, el cernícalo aleteaba sin avanzar, como si flotase en el aire, cazando insectos. La tarde cubría la cuenca compasivamente y el hombre que venía de la falda de los cerros, con la vieja chaqueta desmayada sobre los hombros, pasó por su lado, sin mirarle, empujó con el pie la puerta de la casa y casi a ciegas se desnudó y se desplomó en el lecho sin abrirlo. Al momento, casi sin transición, empezó a roncar arrítmicamente.
El Senderines, el niño, le siguió con los ojos hasta perderle en el oscuro agujero de la puerta; al cabo reanudó sus juegos.
Hubo un tiempo en que al niño le descorazonaba que sus amigos dijeran de su padre que tenía nombre de mujer; le humillaba que dijeran eso de su padre, tan fornido y poderoso. Años antes, cuando sus relaciones no se habían enfriado del todo, el Senderines le preguntó si Trinidad era, en efecto, nombre de mujer. Su padre había respondido:
‑Las cosas son según las tomes. Trinidad son tres, dioses y no tres diosas, ¿comprendes? De todos modos mis amigos me llaman Trino para evitar confusiones.
El Senderines, el niño, se lo dijo así a Canor. Andaban entonces reparando la carretera y solían sentarse al caer la tarde sobre los bidones de alquitrán amontonados en las cunetas. Más tarde, Canor abandonó la Central y se marchó a vivir al pueblo a casa de unos parientes Sólo venía por la Central durante las Navidades.
Canor, en aquella ocasión, se las mantuvo tiesas e insistió que Trinidad era nombre de mujer corno todos los nombres que terminaban en «dad» y que no conocía un solo nombre que terminara en «dad» y fuera nombre de hombre, No transigió, sin embargo:
‑Bueno ‑dijo, apurando sus razones‑. No hay mujer que pese más de cien kilos, me parece a mí. Mi padre pesa más de cien kilos.
Todavía no se bañaban las tardes de verano en la gran balsa que formaba el río, junto ala central, porque ni uno ni otro sabía sostenerse sobre el agua. Ni osaban pasar sobre el muro de cemento al otro lado del río porque una vez que el Senderines lo intentó sus pies resbalaron en el verdín y sufrió una descalabradura. Tampoco el río encerraba por aquel tiempo alevines de carpa ni lucios porque aún no los habían traído de Aranjuez, El río no sólo daba por entonces barbos espinosos y alguna tenca, y Ovi, la mujer de Goyo, aseguraba que tenían un asqueroso gusto a cieno, A pesar de ello, Goyo dejaba pasar las horas sentado sobre la presa, con la caña muerta en los dedos, o buscando pacientemente ovas o gusanos para encarnar el anzuelo. Canor y el Senderines solían sentarse a su lado y le observaban en silencio. A veces el hilo se tensaba, la punta de la caña descendía hacia el río y entonces Goyo perdía el color e iniciaba una serie de movimientos precipitados y torpes. El barbo luchaba por su libertad pero Goyo tenía previstas alevosamente cada una de sus reacciones. Al fin el pez terminaba por reposar su fatiga sobre el muro y Canor y el Senderines le hurgaban cruelmente en los ojos y la boca con unos juncos hasta que le veían morir.

Miguel Delibes, La mortaja, 1987.

***

Laëtitia So nous propose sa traduction :

La vallée, en réalité, n’était pas vraiment une vallée mais un bassin délimité par quelques tertres blancs et inhospitaliers. La vallée, en réalité, n’accueillait que deux saisons : l’hiver et l’été et toutes deux étaient extrêmes, rudes, presque impitoyables. Le mois de mai s’achevant, une chaleur dense et harassante commençait à descendre des collines en glaise comme une lente invasion de lave qui en quelques semaines absorbait les dernières humidités de l’hiver. Le lit du bassin commençait alors à se lézarder par manque d’eau et la rivière se rétractait sur elle-même. Son débit passait en quelques jours d’un noirâtre opaque et épais à un vert bouteille presque transparent. Le blé, fouetté par le soleil, montait en épi et mûrissait à peine avait-il grainé et aux premiers jours de juin le bassin ne conservait que deux touches de vert : la frondaison emmêlée des berges de la rivière et la treille qui faisait de l’ombre au plus grand des trois édifices qui s’érigeaient près du courant. Le reste du bassin assumait un jaune agonisant couleur désert. C’était sous cette chaleur qu’on faisait les semailles des melonnières, qu’on fauchait le blé, et la caille, qui était arrivée avec les derniers froids de la Basse Estrémadure, abandonnait les nids et cherchait la fraîcheur dans les hautes herbes des talus. Du bassin semblait émaner une haleine fumeuse, faite d’insignifiantes particules de glaise et de poussière de blé. Et, en hiver et en été, la grande maison, adossée à la treille, émettait un “boum-boum” cadencé, presque sinistre, qui ressemblait au battement d’un énorme coeur.
Le garçon jouait sur le chemin, à côté de la maison blanche, sous le soleil, et dans les champs de blé, à sa droite, la buse battait des ailes sans avancer, comme si elle flottait en l’air, chassant des insectes. Le crépuscule recouvrait le bassin avec compassion et l’homme qui venait du flanc des collines, avec la vieille veste ternie sur les épaules, passa à côté de lui, sans le regarder, poussa la porte de la maison avec le pied et presque à l’aveuglette il se déshabilla et se laissa tomber sur le lit sans même l’ouvrir. Immédiatement, presque sans transition, il commença son ronflement arythmique.
Senderines, le garçon, le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il le perde dans l’ouverture obscure de la porte ; enfin il reprit ses jeux.
Il y eut un temps où le garçon avait le coeur fendu lorsque ses amis disaient que son père avait un nom de femme, qu’ils disent cela de son père, si robuste et puissant, l’humiliait.
Des années auparavant, quand leurs relations ne s’étaient pas encore totalement refroidies, Senderines lui demanda si Trinidad était, en effet, un nom de femme.
Son père lui avait répondu :
- Les choses sont comme on les prend. Trinidad, ce sont trois personnes, trois dieux et pas trois déesses, tu comprends ? De toutes façons mes amis m’appellent Trino pour éviter les confusions.
Senderines, le garçon, rapporta cette réponse à Canor. Ils marchaient alors en scrutant la route. Ils avaient l’habitude de s’asseoir à la tombée de la nuit sur les bidons de goudron entassés dans les fossés. Plus tard, Canor quitta la Central et partit vivre au village chez des parents. Il ne venait à la Central que pour les fêtes de Noël.
Canor, à cette occasion, soutint mordicus et insista sur le fait que Trinidad était un nom de femme comme tous les noms qui se terminaient par « dad » et qu’il ne connaissait pas un seul nom qui se termine par « dad » et qui soit un nom d’homme. Il ne transigea pas, cependant :
- Bon - dit-il, épuisant ses arguments-. Il n’y a pas de femme qui pèse plus de cent kilos, il me semble. Mon père pèse plus de cent kilos.
Ils ne se baignaient pas encore les après-midi d’été dans le grand étang que formait la rivière, à côté de la centrale, parce que ni l’un ni l’autre ne savait se tenir dans l’eau. Ils n’osaient pas non plus passer par-dessus le mur de ciment de l’autre côté de la rivière parce qu’une fois Senderines essaya, ses pieds glissèrent sur la mousse et il se fendit le crâne.
La rivière ne renfermait pas non plus à cette époque d’alevins de carpes ni de brochets parce qu’on ne les avait pas encore fait venir d’Aranjuez.
La rivière ne contenait alors que des barbeaux, des espinoches et quelques tanches, et Ovi, la femme de Goyo, assurait qu’ils avaient un goût de vase. Malgré cela, Goyo laissait s’écouler les heures assis sur le barrage, la canne à pêche inerte entre les doigts, ou cherchant patiemment des ulves ou des vers pour appâter l’hameçon. Canor et Senderines avaient l’habitude de s’asseoir à côté de lui et de l’observer en silence. Parfois le fil se tendait, la pointe de la canne descendait vers la rivière et alors Goyo pâlissait et commençait une série de mouvements précipités et maladroits. Le barbeau luttait pour sa liberté mais Goyo avait sournoisement étudié chacune de ses réactions. Finalement, le poisson succomba à ses suffocations sur le mur alors que Canor et Senderines lui trituraient les yeux et la bouche avec deux joncs jusqu’à ce qu’ils le voient mourir.

***

Amélie nous propose sa traduction :

A vrai dire, la vallée n’en était pas vraiment une, c’était un bassin poussiéreux délimité par des buttes blanches et hostiles. A vrai dire, la vallée n’offrait rien, mis à par deux saisons : l’hiver et l’été, toutes deux extrêmes, rudes, quasi impitoyables. A la fin du mois de mai, une chaleur dense et épuisante commençait à descendre des collines d’argile, comme une lente invasion de lave, qui absorbait en quelques semaines seulement les dernières fraîcheurs de l’hiver. Le lit du bassin commençait alors à se crevasser par manque d’eau, et le fleuve se repliait sur lui-même, tandis que le courant passait d’une opacité bistrée et épaisse à une transparence vert bouteille en quelques jours. Le blé, maltraité par le soleil, épiait et mûrissait aussitôt après la grenaison et, dès les premiers jours de juin, le bassin ne conservait que deux notes vertes : le feuillage enchevêtré des rives du fleuve et la treille qui faisait de l’ombre au plus haut des trois bâtiments construits près des flots. Le reste du bassin avait la couleur jaune moribond du désert. Il faisait chaud, et c’est sous cette chaleur que l’on plantait les melonnières, que l’on moissonnait le blé, et que la caille, arrivée avec les derniers froids de Basse Estrémadure, abandonnait ses nids et allait chercher la fraîcheur dans les herbes hautes des talus. Un souffle odorant semblait émaner du bassin, mélange d’infimes particules d’argile et de poussière de blé. Et en hiver comme en été, la grande maison, flanquée de la treille, émettait un « boum-boum » rythmé, presque sinistre, semblable au battement d’un énorme cœur.
Le petit jouait dans le chemin, près de la maison blanche, sous le soleil, et à sa droite, dans les champs de blé, la buse battait des ailes sans avancer, comme si elle flottait dans l’air, chassant les insectes. Le soir enveloppait le bassin avec compassion et l’homme qui descendait le flanc de la colline, une vieille veste décolorée sur les épaules, passa près de lui sans un regard, poussa du pied la porte de la maison, se déshabilla presque à l’aveuglette et s’effondra dans le lit sans le défaire. Au même moment, sans grande transition, il se mit à ronfler de façon irrégulière.
Le petit, Senderines, le suivit des yeux jusqu’à le perdre dans la béance obscure de la porte ; il se remit aussitôt à jouer.
Il fut un temps où le petit était malheureux car ses copains disaient que son père avait un prénom féminin ; cela l’humiliait qu’on parle ainsi de son père, si robuste et puissant. Des années auparavant, quand leurs relations ne s’étaient pas encore refroidies, Senderines lui avait demandé si Trinidad était effectivement un prénom féminin. Son père lui avait répondu :
« Les choses sont comme tu les prends. La Trinité ce sont trois dieux, et non trois déesses, tu comprends ? De toutes façons, mes amis m’appellent Trino, pour éviter les confusions ».
Le petit, Senderines, répéta cela à Canor. A ce moment-là, ils réparaient la route, et, à la tombée du jour, ils avaient pour habitude de s’asseoir sur les bidons de goudron amoncelés dans les fossés. Plus tard, Canor avait quitté la Centrale et était parti vivre au village dans la maison de parents à lui. Il ne revenait à la Centrale que pour les fêtes de Noël.
Ce jour-là, Canor resta de marbre et affirma que Trinidad était un prénom féminin comme tous les prénoms qui terminaient par « dad », et qu’il ne connaissait pas un seul prénom qui finisse en « dad » et qui soit un prénom masculin. Il ne céda pas, mais déclara tout de même, à court d’arguments :
« Bon. Il n’existe pas de femme qui pèse plus de cent kilos, enfin, je crois. Mon père pèse plus de cent kilos ».
Ils ne se baignaient pas encore les soirs d’été dans le grand étang formé par le fleuve, près de la Centrale, parce que ni l’un ni l’autre ne savait tenir sur l’eau. Ils n’osaient pas non plus passer par-dessus le mur en ciment de l’autre côté du fleuve, car une fois, Senderines avait essayé, il avait glissé sur la mousse et s’était blessé à la tête. A cette époque-là, le fleuve ne contenait ni alevins de carpes ni de brochets, car ils ne les avaient pas encore rapportés d’Aranjuez. Pour alors, le fleuve n’offrait que des barbeaux épineux et quelques tanches, et Ovi, la mère de Goyo, assurait qu’ils avaient un goût de vase répugnant. Malgré cela, Goyo laissait défiler les heures assis sur le barrage, la canne inerte entre les doigts, ou à chercher patiemment des algues ou des vers pour servir d’appât sur l’hameçon.
En général, Canor et Senderines s’asseyaient à côté de lui et l’observaient en silence. Parfois, le fil se tendait, la pointe de la canne s’inclinait vers le fleuve, Goyo pâlissait et entamait une série de gestes précipités et maladroits. Le barbeau luttait pour recouvrer la liberté mais Goyo, par traîtrise, avait prévu chacune de ses réactions. Le poisson finissait par se reposer de tant d’efforts sur le mur et Canor et Senderines lui tripotaient cruellement les yeux et la bouche avec un jonc jusqu’à ce qu’ils le voient mourir.

***

Chloé nous propose sa traduction :

La vallée, n’était pas à proprement parler une vallée, mais plutôt un bassin poussiéreux délimité par des sommets blancs et inhospitaliers. La vallée, n’offrait en réalité que deux saisons, l’hiver et l’été, toutes deux extrêmes, rudes, presque impitoyables. A la fin du mois de mai, une chaleur dense et étouffante commençait à descendre des collines argileuses, telle une lente coulée de lave, qui, en quelques semaines, absorbait les dernières humidités de l’hiver. Le lit du bassin commençait alors à se lézarder par manque d’eau, et la rivière se rétractait sur elle-même. Son débit passait en quelques jours d’une opacité brune et épaisse à un vert bouteille presque transparent. Le blé, fouetté par le soleil, montait en épi et mûrissait dès qu’il donnait des grains. Aux premiers jours de juin, le bassin ne conservait ainsi plus que deux touches de vert : le feuillage emmêlé des berges de la rivière, et la treille qui assombrissait le plus grand des trois édifices qui se dressaient près du courant. Le reste du bassin assumait un jaune agonisant de désert. C’était sous cette chaleur qu’on faisait les semailles des melonnières, qu’on fauchait le blé, et que la caille, arrivée avec les derniers froids de la Basse Estrémadure, abandonnait les nids et cherchait la fraîcheur dans les hautes herbes des berges. Une haleine fumeuse semblait émaner du bassin, faite d’insignifiantes particules d’argile et de poussière de blé. Et en hiver comme en été, la grande maison recouverte par la treille émettait un «boum-boum » rythmé, presque sinistre, qui ressemblait aux battements d’un énorme cœur.
L’enfant jouait sur le chemin, à côté de la maison blanche, au soleil, et au-dessus des champs de blé, à sa droite, une buse battait des ailes sans avancer, comme si elle flottait dans l’air, chassant des insectes. La nuit tombait avec compassion sur le bassin, et l’homme qui arrivait du flanc des collines, sa vieille veste ternie sur les épaules, passa à ses côtés, sans même un coup d’œil, poussa la porte de la maison du pied, se déshabilla presque à l’aveuglette et s’écroula sur son lit sans le défaire. Immédiatement, presque sans transition, il commença son ronflement arythmique.
Senderines, le garçon, le suivit des yeux jusqu’à le perdre dans l’ouverture obscure de la porte et revint aussitôt à ses jeux.
Il y eut un temps où le garçon avait le cœur brisé quand ses amis disaient que son père avait un prénom de femme ; ça l’humiliait qu’ils disent ça de son père, si robuste et puissant. Des années auparavant, alors que leurs relations n’était pas encore aussi froides, Senderines lui avait demandé si Trinidad était effectivement un prénom de femme. Son père lui avait répondu :
Les choses dépendent de comment tu les vois. Trinidad, ce sont trois dieux, et non trois déesses, tu comprends ? De toute façon, mes amis m’appellent Trino pour éviter les confusions.
Senderines, le garçon, répéta la même chose à Canor. Ils marchaient alors en observant la route et avaient l’habitude de s’asseoir à la tombée de la nuit sur les bidons de goudrons entassés dans les fossés. Plus tard, Canor avait quitté la Central pour aller vivre au village chez des parents. Il venait à la Central seulement pour les fêtes de Noël.
Ce jour là, Canor ne voulut pas en démordre et insista sur le fait que Trinidad était un prénom de femme, comme tous ceux qui terminent en «dad » et qu’il ne connaissait pas un seul prénom qui se termine en «dad » et qui soit prénom d’homme. Il ne transigea pas, et cependant :
- Bon- dit-il, à court d’arguments -. Il n’existe pas de femme qui pèse plus de cent kilos, il me semble ? Mon père pèse plus de cent kilos.
Les après-midi d’été, ils ne se baignaient pas encore dans le bassin que formait la rivière, à côté de la Central, car ni l’un ni l’autre ne savait nager. Ils n’osaient pas non plus passer par-dessus le mur de ciment de l’autre côté de la rivière, car une fois Senderines avait essayé et ses pieds avaient glissé sur la mousse verdâtre et s’était ouvert la tête. A cette période, la rivière n’abritait pas d’alevins de carpe ni de brochets car elle ne les avait pas encore ramenés d’Aranjuez. La rivière offrait seulement des barbeaux épineux et quelques tanches, et Ovi, la femme de Goyo, affirmait qu’ils avaient un affreux goût de vase. Malgré cela, Goyo laissait défiler les heures assis sur le barrage, sa canne à pêche inerte entre les mains ou cherchant patiemment des ulves ou des verres pour les mettre à l’hameçon. Canor et Senderines avaient l’habitude de s’asseoir à ses côtés et l’observaient en silence. Parfois le fil se tendait, la pointe de la canne à pêche s’inclinait vers la rivière et alors Goyo pâlissait et commençait une série de mouvements précipités et maladroits. Le barbeau luttait pour sa liberté mais Goyo, par traîtrise, anticipait chacune de ses réactions. Enfin, le poisson finissait par se reposer sur le mur et Canor et Senderines lui enfonçaient cruellement des joncs dans les yeux et la bouche jusqu'à ce qu’ils le voient mourir.

Le quiz des oiseaux, 6, par Odile

En photo : Faucon Crécerelle 15a, par nez-au-vent

Les rapaces diurnes et nocturnes (fin)

2 sites:
http://oiseauxdeproie.tcedi.com/
http://www.nature-pictures.org/fr/collection/102/



1.un élanion
2.un épervier
3.un faucon crécerelle
4.un faucon hobereau
5.un faucon sacre
6.un gypaète barbu
7.un hibou petit- duc
8.un hibou grand-duc
9.un milan
10.un pygargue
11un serpentaire
12.un vautour
13.un vautour percnoptère

Tout spécialement pour Nathalie, qui a pris le temps de faire tant de recherches pendant ses laborieuses journées estivales :
el cóndor (Del quechua cúntur) = le condor
Ave rapaz del orden de las Catartiformes, de poco más de un metro de longitud y de tres de envergadura, con la cabeza y el cuello desnudos, y en aquella carúnculas en forma de cresta y barbas; plumaje fuerte de color negro azulado, collar blanco, y blancas también la espalda y la parte superior de las alas; cola pequeña y pies negros. Habita en los Andes y es la mayor de las aves que vuelan. (DRAE)
el zopilote (Del nahua tzopílotl) (= urubú (d'un mot tupí) = urubu. Les urubus sont des vautours).
Am. Cen. y Méx. Ave rapaz diurna que se alimenta de carroña, de 60 cm de longitud y 145 cm de envergadura, de plumaje negro irisado, cabeza y cuello desprovistos de plumas, de color gris pizarra, cola corta y redondeada y patas grises. Vive desde el este y sur de los Estados Unidos hasta el centro de Chile y la Argentina. (DRAE).

el zopilote rey
Ave rapaz del orden de las Catartiformes, de un metro de longitud y hasta tres de envergadura. De plumaje blanco, excepto la cola y parte de las alas, que son negras, tiene el pico, la carúncula y el ojo de color rojo. Vive en los bosques de América Central y del Sur y se alimenta de carroña. (DRAE).

Les condors mis à part, le zopilote rey, ou vautour pape, que les Américains appellent vautour royal ("king vulture") est le plus grand, avec 80 cm de longueur et 2 m d'envergure de tous les Catartiformes; c'est aussi le plus magnifiquement coloré. Voici une description plus détaillée que celle du DRAE : le corps est blanc à blanc rosé, les rémiges et la queue noires. Une collerette grise entoure le cou. La tête et le cou sont tachés de rouge plus ou moins orangé, de cramoisi, de violet et de noir; le bec orangé est surmonté d'une caroncule aux formes compliquées, de même couleur. Le vautour pape est présent du Mexique jusqu'au nord de l'Argentine; il vit principalement dans la dense forêt tropicale. Pour une photo : http://www.photozoo.org/main.php?g2_itemId=21125

D'autres noms communs pour désigner ces urubus :
Col. y Ven. : samuro/zamuro et rey samuro, gallinazo et rey gallinazo en Bol., Col., Ec. y Perú. (DRAE)

La question maintenant…

… est de savoir si nos amies apprenties traductrices vont avoir un petit (un gros ?) coup de blues post-traduction longue. Eh oui, car à présent, c'est terminé. Vous quittez le texte et son auteur ; il faut tourner la page, reprendre une activité normale et, le cas échéant, passer à un autre. Des projets, déjà ? Une idée : et si vous vous occupiez de vous trouver une éditeur ? En attendant, je vous annonce tout de suite que d'ici quelques semaines, je vous demanderai si vous avez eu le courage de jeter un œil à votre manuscrit, si vous vous morfondez d'avoir enfin (mais trop tard) trouvé une solution à un problème précis qui vous avait échappée pendant des jours, si vous regrettez telle ou telle chose… Il va de soi qu'après vous avoir si souvent scrutées pendant (exigeant de tout savoir de vos impressions, de vos émotions et, pour le volet technique, de connaître votre façon de procéder…), je ne vais pas renoncer au plaisir de l'après.
Rendez-vous est pris avec celles qui auront encore envie de causer sur Tradabordo.

jeudi 20 août 2009

Réflexions d'une spectatrice…

En photo : Paquebot, par twiga269 ॐ FREE TIBET

Oui, même si je suis impliquée – et pour cause ! –, c'est tout de même en spectatrice que l'enseignante que je suis regarde les apprenties de la promotion 2008-2009 se débattre avec les dernières relectures de leurs traductions longues. D'après ce que je comprends, ça peine, ça souffre, ça pleure et, globalement, ça râle… Mon Dieu que c'est difficile. Oui, oui, je sais. On en parlait depuis le début de l'année, mais c'était théorique, n'est-ce pas ? D'où l'utilité de l'exercice. Car en définitive, ce voyage ô combien solitaire aura été autant formateur pour ce que vous aurez appris de techniques et de procédés de traduction (attention aux généralisations !) que pour ce que vous avez découvert sur la pratique de la traduction elle-même et sur vous. On l'a souvent dit lors de nos discussions : le traducteur ne cesse jamais de se regarder, de se sentir et de se penser en tant que traducteur quand il traduit. Drôle d'expérience extra-corporelle ! Il va de soi que la peine, la souffrance, les pleurs et les grognements sont malheureusement le lot commun. Je ne sais pas si ça vous soulage de l'apprendre, mais c'est ainsi. Dur métier que celui de traducteur, n'est-ce pas ? Souvenez-vous de ce qu'expliquait Olivier Manoni, le président de l'ATLF, quand il est venu à Bordeaux 3 : le traducteur est toujours seul, il n'a personne au-dessus de lui pour l'aider quand il trébuche, pour le rappeler à son devoir quand il est gagné par la facilité (après tout, qui s'en apercevra ?) et pour le soutenir dans ses moments de doutes. Alors vous, jeunes traductrices, comment ne pas vous sentir effrayées dans un moment pareil… ? Le premier point final de votre première traduction… Quelle responsabilité ! Car enfin, vous voilà tout de même à présent à la tête d'une centaine de pages – nous sommes loin de la misérable version de quelques lignes – et il faut s'assurer de n'avoir rien oublié en route, d'avoir bien maîtrisé le sens certes (c'est l'évidence, et pourtant ça n'est pas gagné pour autant, personne n'en doute), mais aussi, bien plus complexe, l'ensemble de ce qui le soutient et permet la transmission. Où est-elle cette vilaine petite bête qui pourrait tout gâcher ? Personnellement, j'envisage le manuscrit terminé comme l'arrivée au port d'un paquebot. L'aube. Le navire est las et chargé de grappes de gens aux balcons (tellement d'histoires à raconter à ceux qui sont à terre, juste en face). Et, surtout, il est tellement compliqué à manœuvrer dans les derniers mètres d'une rade qu'on trouve forcément trop étroite et si dangereuse. Un petit coup à gauche, une légère poussée à droite. Boum, ça cogne, ça grince, ça craque… et ça vient finalement épouser le quai. Car le pilote est à son poste, fier dans sa cabine… Après tout, vous avez fait toute la traversée, depuis la première jusqu'à la dernière ligne. Qui connaît mieux la route que vous ? Et ces belles escales, avec d'intéressantes rencontres !
Alors maintenant, profitez d'un repos bien mérité…
Simplement un petit conseil : étant entendu qu'à l'avenir, c'est-à-dire en tant que professionnelles et non plus en apprenies, vous n'aurez pas une année universitaire mais quelques mois (2, 3 ou 4) pour boucler une traduction, certainement plus étendue que 100 pages de 1500 signes… et, plus encore, que vous ne pourrez pas êtres soumises à de telles émotions sans y laisser la peau, il serait bon que vous preniez un peu de recul. Réflechissez à votre manière de travailler et à votre façon de vous impliquer dans le texte. Voyez les points forts et les faiblesses de l'échafaudage… pour être plus performantes (eh bien oui, car il s'agit aussi de cela) et moins émotives.
Et je termine en vous félicitant d'être arrivées au bout…

mardi 18 août 2009

Un nouveau mot charmant et précieux

En photo : umami, par mosippy

Sans doute le connaissiez-vous… moi, non. C'est au cours d'une émission de télé fort intéressante que je l'ai découvert, beaucoup aimé et pleinement adopté, avec en ligne de mire une longue conquête gustative et lexicale : UMAMI. Pas de difficultés de traduction pour l'espagnol, puisque cela se dit de la même manière… et pour cause, c'est un mot emprunté au japonais pour désigner la fameuse cinquième saveur ; vous voyez : ni sucré, ni salé, ni amer, ni acide… umami. Si la plupart d'entre nous ignore son existence et si nous l'identifions mal, il s'agit pourtant de quelque chose que nous connaissons bien, car ce serait l'un des quelques composants du lait maternel. Eh oui, rien moins que ça ! Et elle est présente un peu partout… dans le pot-au-feu, par exemple. Incroyable et fascinant. Sans compter les champs d'exploration que cela ouvre à la gastronomie d'aujourd'hui. Il paraît que c'est extraordinaire en soi et exceptionnel pour rehausser toutes les autres saveurs. Pour ceux qui en entendraient parler pour la première fois, je vous conseille vivement de petites recherches sur internet pour en apprendre plus. Reste maintenant à trouver des noms en français et en espagnol… car si les japonais l'ont repérée, isolée et nommée… s'ils sont capables de la créer à l'envi, elle n'est pas proprement japonaise… Alors, que choisissons-nous ?

http://www.ajinomoto.com/features/aji-no-moto/fr/umami/index.html

« Le milieu de l'édition et la traduction littéraire », par Colette Claxton

http://www.attlc-ltac.org/ClaxtonPubfr.htm

lundi 17 août 2009

dimanche 16 août 2009

Un billet d'une apprentie traductrice en passe de terminer sa traduction longue

En photo : ...., par Dircinha

C'est à désespérer...

De quoi, me direz-vous ? Mais de la nature humaine (et de la mienne, en particulier). Pour quelle raison ? C'est simple : je m'aperçois au fil des lectures correctives auxquelles je soumets jour après jour ma traduction longue que je suis incapable de venir à bout des erreurs, des fautes, des coquilles qui se cachent dans chaque feuillet... Plus je relis et plus j'en trouve ! C'est pas possible... Quelqu'un vient dans la nuit pour les y déposer, je ne vois que ça ! Enfin, je ne vois que ça, façon de parler : je devrais plutôt dire que je ne vois rien ! Comment expliquer que malgré une concentration extrême qui me vaut d'avoir mal à la tête dès 10h du matin, je laisse passer ici une faute de frappe, là une erreur de ponctuation... ? En fait, ce ne sont pas mes yeux qui travaillent mais mon cerveau : il ne déchiffre pas ce qui est écrit, il le reconnaît et le survole. Du coup, je ne suis pas en mesure de porter un regard objectif sur ce que j'ai produit. Que faire ?
D'abord me tourner vers notre capitaine, qui forte de son expérience, me rassure : c'est le lot commun; même avec la meilleure volonté, personne ne peut tout voir, tout corriger. Ah bon, ça ne vient pas de moi, alors ? Me voilà soulagée. Et d'ajouter : « tu auras beau relire 100 fois ton texte, tu laisseras toujours passer quelque chose ». Mais c'est terrible ! Comment vais-je pouvoir rendre ma traduction sachant qu'elle renferme encore quantité de coquilles que je n'ai pas pu dénicher ?
Seule solution : recourir à des yeux neufs. Et là, je me tourne vers une camarade de promotion qui vit le même cauchemar quotidien et nous nous mettons à scruter attentivement nos textes respectifs, soulignant, biffant, rectifiant tout ce qui ne semble pas orthodoxe. C'est assez réconfortant de pouvoir voir ce qui ne va pas chez l'autre, à défaut de voir ce qui ne va pas chez soi.
Morale de l'histoire : la traduction, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est pas un espace de solitude. Travailler en binôme semble être une bonne méthode.
Et puis, en faisant lire ma traduction et ce, pour la première fois, j'ai commencé à me détacher de MON texte pour le laisser vivre sa vie : eh oui, je l'ai couvé pendant des mois mais il ne m'appartient pas, il va me quitter pour aller à la rencontre de gens que je ne connais pas, qui vont l'apprécier ou le rejeter ; or tout ce que j'espère c'est lui avoir donné ce dont il aura besoin pour être autonome et trouver sa voie.
Quelle mère admirable ! Bon, on en reparlera quand j'aurai déposé mon manuscrit. On verra si je suis toujours aussi raisonnable. Il va bien me manquer un peu mon petit texte, non ? Si c'est le cas, j'en ferai l'objet d'un post (si je n'en prend pas l'initiative, je sais déjà qui va me solliciter pour faire part de mon expérience... vous aussi, vous voyez de qui je veux parler ?).