dimanche 30 mai 2010

vendredi 28 mai 2010

mercredi 26 mai 2010

Portagayola ? Démonstration !



Le thème de Laëtitia, 4

Je suis né le 13 mai 18…, dans une ville du Languedoc où l'on trouve, comme dans toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de poussière, un couvent de carmélites et deux ou trois monuments romains.
Mon père, M. Eyssette, qui faisait à cette époque le commerce des foulards, avait, aux portes de la ville, une grande fabrique dans un pan de laquelle il s'était taillé une habitation commode, tout ombragée de platanes, et séparée des ateliers par un vaste jardin.
C'est là que je suis venu au monde et que j'ai passé les premières, les seules bonnes années de ma vie.

Alphonse Daudet, Le Petit Chose

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Nací el 13 de mayo de 18…, en una ciudad del Languedoc donde se encuentran, como en todas las ciudades del Mediodía, mucho sol, bastante polvo, un convento de carmelitas y un par de monumentos romanos.
Mi padre, el señor Eyssette, que en aquella época comerciaba en pañuelos, tenía, en las puertas de la ciudad, una gran fábrica en una parte de la cual él había instalado una vivienda cómoda, sombreada por plátanos y separada de los talleres por un vasto jardín.
Fue allí donde vine al mundo y donde pasé los primeros, los únicos años buenos de mi vida.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Nací el 13 de mayo de 18..., en una ciudad del Languedoc donde se encuentra, como en todas las ciudades del Midi, mucho sol, bastante polvo, un convento de carmelitas y un par de monumentos romanos.
Mi padre, el señor Eyssette, que en esa época comerciaba pañuelos, tenía, en las puertas de la ciudad, una grán fábrica en una parte de la cual se había tallado una cómoda vivienda, muy sombreada con plátanos, y separada de los talleres por un vasto jardín.
Ahí es donde vine al mundo y pasé los primeros, los únicos felices años de mi vida.

Votre version de la semaine

Nada más. Para Alicia fue suficiente. Se quemó en un sufrimiento vivo y punzante que casi le arrancaba lágrimas... Al llegar a su casa tiró la flor de la corona que no había encargado De Arco, que había sido solamente una atención de Robles, cargada a los gastos de la casa... Alicia, para De Arco, fue durante mucho, muchísimo tiempo, un mueble más de oficina...
Alicia suspiró. Se dio cuenta de que estaba allí parada, junto a los muros de la casona, y de que tenía frío. Venía un airecillo húmedo que arrastraba nubes negras por el cielo.
Aquélla era una noche como tantas del otoño y, sin embargo, única y distinta en la vida de Alicia.
Como en un sueño, llegó a calles iluminadas, a la boca de un "Metro"... Fue trasladada entre una masa humana, que se volcó en un barrio tranquilo, de calles simétricas... Todas las casas eran parecidas envueltas entre sombras suaves. De cuando en cuando un farol o un portal iluminado... Era un barrio bueno, aunque el piso en que Alicia vivía fuese muy modesto. La distinción del barrio les permitía alquilar una habitación a muy buen precio... Una habitación que, por otra parte, les hacía mucha falta, porque el pisito era pequeño...
Subió en el ascensor y, aturdida, llamó a la puerta, sin pensar en su llavín. Hizo un gesto de contrariedad porque no quería encontrar en seguida a la madre. Necesitaba prepararse de algún modo para dar aquella noticia. Sacó apresuradamente el llavín olvidado y lo introdujo en la cerradura... "Tengo que dar la noticia de una manera natural... No tiene tanta importancia como para soltarla en seguida... No sucede nada extraordinario. El que yo me case con De Arco es muy natural..."
Se animaba con estas frases pronunciadas a media voz, porque, en verdad, las manos le temblaban mucho. Había soñado demasiadas veces en dar la noticia de su boda.
— Mamá, me caso con un marqués...
Sobre todo, el título. Desde que De Arco tenía un título, ella había decidido casarse con un aristócrata o quedarse soltera.
Sabía que su madre consideraba estas ideas suyas como propias de una cabeza trastornada... Quería saborear su triunfo.

Carmen Laforet, El noviazgo

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Rien de plus. Pour Alicia, ce fut suffisant. Elle se consuma en une vive et poignante souffrance qui lui arrachait des larmes, ou presque... En arrivant chez elle, elle retira la fleur de la couronne que De Arco n’avait pas commandée, qui n’avait été qu’une attention de Robles, imputée sur les dépenses de la maison... Alicia, pour De Arco, ne fut pendant longtemps, très longtemps, qu’un meuble de bureau en sus...
Alicia soupira. Elle s’aperçut qu’elle était là, immobile, contre les murs de la grande bâtisse, et qu’elle avait froid. Il s’était levé un petit air humide qui poussait des nuages noirs dans le ciel.
C’était une nuit d’automne comme tant d’autres et, cependant, elle était unique, différente dans la vie d’Alicia.
Comme dans un rêve, elle se retrouva dans des rues illuminées, à une bouche de « Métro »... Elle fut ballottée par une masse humaine, qui se déversa dans un quartier tranquille de rues symétriques... Toutes les maisons étaient identiques et enveloppées dans des ombres douces. De temps en temps, un réverbère ou un porche éclairé... C’était un beau quartier, même si l’appartement dans lequel Alicia vivait était très modeste. La distinction du quartier leur permettait de louer un logement à très bon prix... Un logement qui, d’autre part, leur causait un grand embarras, parce qu’il s’agissait d’un tout petit appartement...
Elle monta dans l’ascenseur et, toute étourdie, frappa à la porte, sans penser à sa petite clef. Elle eut un geste de contrariété parce qu’elle ne voulait pas voir sa mère tout de suite. D’une certaine façon, elle avait besoin de se préparer pour annoncer cette nouvelle. Elle se hâta de sortir la petite clef oubliée qu’elle introduisit dans la serrure... « Je dois annoncer la nouvelle avec naturel... Elle n’a pas une importance telle que je doive la dire tout de suite... Il n’y a là rien d’extraordinaire. Le fait que je me marie avec De Arco est très naturel... »
Elle se donnait du courage en prononçant ces phrases à mi-voix, parce qu’en vérité ses mains tremblaient beaucoup. Elle avait trop de fois rêvé d’annoncer la nouvelle de son mariage.
— Maman, je me marie avec un marquis...
Surtout le titre. Depuis que De Arco possédait un titre, elle avait décidé de se marier avec un aristocrate ou de rester célibataire.
Elle savait que sa mère considérait que ces idées étaient le fruit d’un esprit dérangé... Elle voulait savourer son triomphe.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Rien de plus. Pour Alicia ce fut suffisant. Elle se consuma dans une souffrance vive et lancinante qui lui arrachait presque des larmes. En arrivant chez elle, elle tira la fleur de la couronne que De Arco n’avait pas commandée mais qui était seulement une attention de la part de Robles, aux frais de la maison... Pour De Arco, Alicia fut pendant longtemps, bien longtemps, un meuble de plus au bureau...
Alicia soupira. Elle se rendit compte qu’elle était là debout, à côté des murs de la grande bâtisse, et qu’elle avait froid. Un petit air humide passait traînant des nuages noirs dans le ciel.
C’était une nuit comme tant d’autres en automne et, néanmoins, unique et différente dans la vie d’Alicia.
Comme dans un rêve, elle arriva sur des rues éclairées, à la bouche d’un « Métro »... Elle fut transportée parmi une masse humaine, qui s’engouffra dans un quartier tranquille, de rues symétriques... Toutes les maisons étaient similaires enveloppées dans des ombres douces.
De loin en loin un lampadaire ou une entrée éclairée... C’était un bon quartier, même si l’appartement dans lequel vivait Alicia était très modeste. La distinction du quartier leur permettait de louer une chambre à un très bon prix... Une chambre dont, d’autre part, ils avaient grand besoin, parce que le petit appartement était exigu...
Elle monta dans l’ascenseur et, étourdie, sonna à la porte, sans penser à sa petite clé. Elle eut un geste de contrariété parce qu’elle ne voulait pas tomber aussitôt sur sa mère. Il lui fallait d’une certaine façon se préparer à annoncer cette nouvelle. Elle sortit hâtivement la petite clé oubliée et l’introduisit dans la serrure... « Il faut que je lui annonce la nouvelle de manière naturelle... Elle n’est pas importante au point de la lâcher d’un coup... Il ne se passe rien d’extraordinaire. Le fait que je me marie avec De Arco est très naturel... »
Elle s’encourageait avec ces phrases prononcées à mi-voix, car, en vérité, ses mains tremblaient beaucoup. Elle avait trop de fois rêvé d’annoncer la nouvelle de son mariage.
- Maman, je me marie avec un marquis...
Surtout, le titre. Depuis que De Arco avait un titre, elle avait décidé de se marier avec un aristocrate ou de rester célibataire. Elle savait que sa mère considérait ses idées à elle comme venant d’une tête perturbée... Elle voulait savourer son triomphe.

***

Amélie nous propose sa traduction :

Rien d’autre. Pour Alicia, ce fut suffisant. Elle se consuma en une douleur vive et lancinante qui lui arrachait presque les larmes… En arrivant chez elle, elle enleva la fleur de la couronne ; ce n’était pas une commande de De Arco, simplement une attention de Robles, envoyée aux frais de la maison… Pour De Arco, Alicia fut pendant longtemps, très longtemps, un meuble de bureau supplémentaire…
Alicia soupira. Elle se rendit compte qu’elle était là, immobile près des murs de la bâtisse, et qu’elle avait froid. Un petit air humide s’était levé, emportant avec lui des nuages noirs dans le ciel.
Cette nuit-là était une nuit pareille à tant d’autres en automne ; néanmoins, elle était unique et différente dans la vie d’Alicia.
Comme dans un rêve, elle se retrouva dans des rues illuminées, dans la bouche d’un « Métro »… Elle fut entraînée par une masse humaine qui se déversa dans un quartier calme aux rues symétriques… Toutes les maisons se ressemblaient, enveloppées dans de douces ombres. De temps en temps, un réverbère ou un porche éclairé… C’était un beau quartier, bien que l’appartement où vivait Alicia fût très modeste. La distinction du quartier leur permettait de louer une chambre à très bon prix… Chambre qui, d’un autre côté, leur manquait cruellement, car l’appartement était minuscule…
Elle monta dans l’ascenseur et, étourdie, sonna à la porte sans penser à sa petite clé. Elle fit une moue de contrariété : elle ne voulait pas voir sa mère tout de suite.
Elle avait besoin de se préparer d’une façon ou d’une autre pour annoncer cette nouvelle. Elle sortit précipitamment la clé oubliée et l’introduisit dans la serrure… « Je dois annoncer la nouvelle de manière naturelle… Ce n’est pas important au point que ça m’échappe immédiatement… Il ne se passe rien d’extraordinaire. Il est parfaitement naturel que moi, je me marie avec De Arco… »
Elle se donnait du courage avec ces phrases prononcées à mi-voix car, en vérité, ses mains tremblaient beaucoup. Elle avait trop de fois rêvé d’annoncer son mariage.
— Maman, je vais me marier avec un marquis…
Surtout, le titre. Depuis que De Arco avait un titre, elle avait décidé de se marier avec un aristocrate ou de rester célibataire.
Elle savait que sa mère considérait que ces idées bien à elle émanaient d’un esprit perturbé… Elle voulait savourer son triomphe.

Références culturelles, 470 : José Luis González

http://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Luis_Gonz%C3%A1lez

mercredi 19 mai 2010

Le thème de Laëtitia

Son mari était un gros et grand homme de quarante ans, fort bien portant, et il n’y avait pas de veuvage à espérer. Même elle ne s’arrêta pas à cette idée : sa grande fortune l’avait éloignée de bonne heure, et par orgueil, des voies obliques, et elle méprisait tout ce qui était crime. Il s’agissait de devenir une Montmorency sans rien se permettre que l’on ne pût avouer. C’était comme la diplomatie de Louis XIV quand il était heureux.

Stendhal, Lucien Leuwen

La traduction de Laëtitia :

Su marido era un gordo y alto hombre de cuarenta años, en muy bueno estado de salud y no había viudez que esperar. Hasta ella no se detuvo en esta idea : su grán fortuna la había alejado temprano, y por orgullo, de las vías oblicuas y despreciaba todo lo que era crimen. Se trataba de convertirse en una Montmorency sin permitirse nada que no se pudiera confesar. Era como la diplomacia de Luis XIV cuando era feliz.

***

La traduction de Laëtitia Sw. :

Su marido era un gordo y alto hombre de cuarenta años, con muy buena salud, y no había alguna viudez que esperar. Ni siquiera ella se mantuvo en aquella idea : su gran fortuna la había alejado temprano, y por orgullo, de las vías torcidas, y ella despreciaba todo lo que era crimen. Se trataba de hacerse una Montmorency sin permitirse nada que no se pudiera confesar. Era como la diplomacia del rey Luis XIV cuando era feliz.

***

La traduction de Sonita :

Su esposo era un hombre gordo y alto de cuarenta años, con muy buena salud y no había ninguna viudez con la que esperar. Además, ella no se detenía a pensar en ello: su gran fortuna la había alejado muy temprano y por orgullo, de las vías oblicuas, amén de que ella despreciaba todo lo que tenía que ver con el crimen. Se trataba de hacerse una Montmorency sin permitirse nada que uno no pudiera confesar. Era igual a la diplomacia de Luis XIV cuando estaba feliz.


« Traduire », par Michel Deguy

http://www.reseau-terra.eu/article891.html

Références culturelles, 463 : Jesús Rollán

En photo : JESUS ROLLAN 2004, par joanmonfort

http://es.wikipedia.org/wiki/Jes%C3%BAs_Roll%C3%A1n

mardi 18 mai 2010

Quelques lignes de thème pour Laëtitia, 2

Les mouvements d’un cœur comme celui de la comtesse d’Orgel sont-ils surannés ? Un tel mélange du devoir et de la mollesse semblera peut-être, de nos jours, incroyable, même chez une personne de race et une créole. Ne serait-ce pas plutôt que l’attention se détourne de la pureté, sous prétexte qu’elle offre moins de saveur que le désordre ?

Raymond Radiguet, Le Bal du Comte d'Orgel

La traduction de Laëtitia :

¿ Serán anticuados, los movimientos de un corazón como el de la condesa de Orgel ? Semejante mezcla del deber y de la indolencia tal vez pareciera, hoy en día, increíble, incluso en una personna de raza además criolla. ¿No sería más bien que la atención se desvía de la pureza, con el pretexto de que tiene menos encanto que el desorden ?

La traduction de Laëtitia Sw. :

¿ Los impulsos de un corazón como el de la condesa de Orgel son anticuados ? Tal mezcla del deber y de la blandura quizás parezca, hoy en día, increíble, incluso en una persona de raza y una criolla. ¿ No sería más bien que la atención se aleja de la pureza, con el pretexto de que ofrece menos sabor que el desorden ?

« Que veut dire traduire ? Les enjeux sociaux et culturels de la traduction », par Rada Ivekovic

http://www.reseau-terra.eu/article889.html

Références culturelles, 462 : Abel Antón

En photo : abel anton, par J. Vicente Zúñiga

http://es.wikipedia.org/wiki/Abel_Ant%C3%B3n

dimanche 16 mai 2010

Quelques lignes de thème pour Laëtitia

« Minne ?… Minne chérie, c'est fini, cette rédaction ! Minne, tu vas abîmer tes yeux ! »
Minne murmure d’impatience. Elle a déjà répondu trois fois :
« Oui, maman » à Maman qui brode derrière le dossier de la grande bergère…
Minne mordille son porte-plume d’ivoire, si penchée sur son cahier qu’on voit seulement l’argent de ses cheveux blonds, et un bout de nez fin entre deux boucles pendantes.
Le feu parle tout bas, la lampe à huile compte goutte à goutte les secondes, Maman soupire. Sur la toile cirée de sa broderie – un grand col pour Minne – l’aiguille, à chaque point, toque du bec. Dehors, les platanes du boulevard Berthier ruissellent de pluie, et les tramways du boulevard extérieur grincent musicalement sur leurs rails.

Colette, L'ingénue libertine

La traduction de Laëtitia :

« ¿Minne ?... Minne cariño, ya está, la redacción ! ¡Minne, te vas a estropear los ojos ! » Minne murmura de impaciencia. Ya le ha contestado tres veces : « Sí, mamá » a Mamá que está bordando detrás del respaldo de la poltrona... Minne mordisquea su portaplumas de marfil, tan inclinada sobre su cuaderno que sólo se le ve lo plateado de su pelo rubio, y un pedazo fino de nariz entre dos rizos pendientes. El fuego habla bajito, la lámpara de aceite cuenta los segundos gota a gota, Mamá suspira. En el hule de su bordado – un cuello ancho para Minne – la aguja, a cada puntada, golpea con el pico. Fuera, los plátanos del bulevar Berthier chorrean de lluvia, y los tranvías del bulevar exterior chirrían musicalmente sobre sus raíles.

La traduction de Laëtitia Sw. :

« ¿ Minne ?… Querida Minne, ¡ la acabas de una vez esa redacción ! Minne, ¡ te vas a estropear los ojos ! »
Minne susurra con impaciencia. Ella ya ha contestado tres veces :
« Sí, mamá » a Mamá que está haciendo punto detrás del respaldo de la gran poltrona…
Minne mordisquea su palillero de marfil, tan inclinada en su cuaderno que sólo se ve lo plateado de su pelo rubio, y la punta de una nariz fina entre dos rizos colgantes.
El fuego habla bajito, el velón cuenta gota a gota los segundos, Mamá suspira. En el hule de su bordado — un gran cuello para Minne — la aguja, a cada punto, está tocando con el pico. Fuera, la lluvia empapa los plátanos del bulevar Berthier, y los tranvías de la ronda chirrían musicalmente sobre los carriles.

Votre version de la semaine

En photo : rosa_montero, par valmon

Soy mujer y escribo. Soy plebeya y sé leer. Nací sierva y soy libre. He visto en mi vida cosas maravillosas. He hecho en mi vida cosas maravillosas. Durante algún tiempo, el mundo fue un milagro. Luego regresó la oscu­ridad. La pluma tiembla entre mis dedos cada vez que el ariete embiste contra la puerta. Un sólido portón de me­tal y madera que no tardará en hacerse trizas. Pesados y sudados hombres de hierro se amontonan en la entrada. Vienen a por nosotras. Las Buenas Mujeres rezan. Yo es­cribo. Es mi mayor victoria, mi conquista, el don del que me siento más orgullosa; y aunque las palabras están sien­do devoradas por el gran silencio, hoy constituyen mi única arma. La tinta retiembla en el tintero con los gol­pes, también ella asustada. Su superficie se riza como la de un pequeño lago tenebroso. Pero luego se aquieta extra­ñamente. Levanto la cabeza esperando un envite que no llega. El ariete ha parado. Las Perfectas también han dete­nido el zumbido de sus oraciones. ¿Acaso han logrado ac­ceder al castillo los cruzados? Me creía preparada para este momento pero no lo estoy: la sangre se me esconde en las venas más hondas. Palidezco, toda yo entumecida por los fríos del miedo. Pero no, no han entrado: hubiéramos oí­do el estruendo de la puerta al desgajarse, el derrumbe de los sacos de arena con que la reforzamos, los pasos presu­rosos de los depredadores al subir la escalera. Las Buenas Mujeres escuchan. Yo también. Tintinean los hombres de hierro bajo las troneras de nuestra fortaleza. Se retiran. Sí, se están retirando. Al sol le falta muy poco para ocultarse y deben de preferir celebrar su victoria a la luz del día. No necesitan apresurarse: nosotras no podemos escapar y no existe nadie que pueda ayudarnos. Dios nos ha concedido una noche más. Una larga noche. Tengo todas las velas de la despensa a mi disposición, puesto que ya no las va­mos a necesitar. Enciendo una, enciendo tres, enciendo cinco. El cuarto se ilumina con hermosos resplandores de palacio. ¡Y pensar que nos hemos pasado todo el invierno a oscuras para no gastarlas! Las Buenas Mujeres vuelven a bisbisear sus Padrenuestros. Yo mojo la pluma en la tinta quieta. Me tiembla tanto la mano que desencadeno una marejada.

Rosa Montero, Historia del rey transparente

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Laëtitia nous propose sa traduction :

Je suis une femme et j’écris. Je suis plébéienne et je sais lire. Je suis née serve, à présent je suis libre. Dans ma vie j’ai vu des choses merveilleuses. Dans ma vie j’ai fait des choses merveilleuses. Pendant un certain temps, le monde a été un miracle. Puis l’obscurité est revenue. La plume tremble entre mes doigts chaque fois que le bélier charge la porte. Une grande porte solide en métal et en bois qui ne tardera pas à éclater en morceaux. Des hommes de fer, lourds et suants, s’accumulent dans l’entrée. Ils viennent pour nous. Les Femmes Pieuses prient. Moi j’écris. C’est ma plus grande victoire, ma conquête, le don dont je me sens le plus fière ; et bien que les mots soient dévorés par le grand silence, aujourd’hui ils constituent ma seule arme. L’encre trémule dans l’encrier avec les coups, elle aussi a peur. Sa surface se moutonne comme celle d’un petit lac ténébreux. Mais ensuite elle se calme étrangement. Je relève la tête en attendant une secousse qui ne vient pas. Le bélier s’est arrêté. Les Parfaites ont elles aussi interrompu le bourdonnement de leurs oraisons. Peut-être les croisés sont-ils parvenus à accéder au château ? Je me croyais préparée pour ce moment mais je ne le suis pas : mon sang se cache dans mes veines les plus profondes. Je palis, toute engourdie que je suis par les froids de la peur. Mais non, ils ne sont pas entrés : nous aurions entendu le vacarme de la porte qu’on arrache, l’écroulement des sacs de sable avec lesquels nous la renforçons, les pas empressés des déprédateurs qui montent l’escalier. Les Femmes Pieuses écoutent. Moi aussi. Les hommes de fer tintent sous les meurtrières de notre forteresse. Ils se retirent. Oui, ils sont bien en train de se retirer. Il reste peu de temps avant que le soleil ne se cache et ils doivent préférer célébrer leur victoire à la lumière du jour. Ils n’ont pas besoin de se hâter : nous ne pouvons pas nous échapper et il n’existe personne qui puisse nous aider. Dieu nous a accordé une nuit de plus. Une longue nuit. J’ai toutes les bougies du cellier à ma disposition, puisque nous n’allons plus en avoir besoin. J’en allume une, j’en allume trois, j’en allume cinq. La pièce s’illumine avec de beaux éclats de palais. Et dire que nous avons passé tout l’hiver dans le noir pour ne pas les gaspiller ! Les Femmes Pieuses murmurent à nouveau leurs Notre Père. Moi, je mouille ma plume dans l’encre apaisée. Ma main tremble tellement que je déchaîne une houle.

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Je suis une femme et j’écris. Je suis plébéienne et je sais lire. Je suis née serve et je suis libre. J’ai vu dans ma vie des choses merveilleuses. J’ai fait dans ma vie des choses merveilleuses. Pendant un temps, le monde fut un miracle. Puis l’obscurité est revenue. Ma plume tremble entre mes doigts chaque fois que le bélier cogne contre la porte. Une grande porte solide de métal et de bois qui ne va pas tarder à voler en éclats. Des hommes de fer, lourds et suants, s’entassent à l’entrée. Ils viennent nous chercher. Les Bonnes Femmes prient. Moi, j’écris. C’est ma plus grande victoire, ma conquête, le don dont je me sens la plus fière ; et bien que les mots soient dévorés par le grand silence, ils constituent aujourd’hui ma seule arme. Sous les coups, l’encre tremble à nouveau dans l’encrier, effrayée elle aussi. Sa surface se plisse comme celle d’un petit lac ténébreux. Mais ensuite, elle se calme étrangement. Je lève la tête dans l’attente d’une poussée qui n’arrive pas. Les charges du bélier ont cessé. Les Parfaites aussi ont suspendu le bourdonnement de leurs prières. Les croisés ont-ils peut-être réussi à accéder au château ? Je croyais que j’étais préparée à ce moment mais je ne le suis pas : mon sang se tapit au plus profond de mes veines. Je pâlis, toute engourdie par le froid de la peur. Mais non, ils ne sont pas entrés : nous aurions entendu le fracas de la porte arrachée, la chute des sacs de sable avec lesquels nous la renforçons, les pas précipités des déprédateurs montant l’escalier. Les Bonnes Femmes écoutent. Moi aussi. Les hommes de fer tintent sous les créneaux de notre forteresse. Ils se retirent. Oui, ils sont en train de se retirer. Le soleil va très bientôt se cacher et ils doivent préférer célébrer leur victoire à la lumière du jour. Ils n’ont pas besoin de se hâter : nous ne pouvons pas nous échapper et il n’y a personne qui puisse nous aider. Dieu nous a accordé une nuit de plus. Une longue nuit. J’ai toutes les chandelles de la remise à ma disposition, puisque nous n’allons plus en avoir besoin. J’en allume une, j’en allume trois, j’en allume cinq. La pièce s’illumine avec de beaux reflets dignes d’un palais. Et dire que nous avons passé tout l’hiver dans l’obscurité pour ne pas les consumer ! Les Bonnes Femmes recommencent à murmurer leur Notre-père. Moi, je trempe ma plume dans l’encre calme. J’ai la main qui tremble tellement que je provoque une succession de vagues.

***

Sonita nous propose sa traduction :

Je suis une femme et j’écris. Je suis une plébéienne et je lis. J’ai vu au cours de ma vie des choses merveilleuses. J’ai fait des choses merveilleuses dans ma vie. Pendant quelque temps le monde a été un miracle. Puis il est retourné à l’obscurité. Le stylo plume tremble entre mes doigts à chaque fois que le bélier charge la porte. Une solide grande porte faite de métal et de bois qui ne tardera pas à tomber en ruines. Des hommes en fer lourds et sués s’accumulent à l’entrée. Ils viennent nous chercher. Les Femmes Pieuses prient. Moi, j’écris. C’est ma plus grande victoire, ma conquête, le don dont je suis le plus fière ; et bien que les mots soient en train de se faire dévorer par le silence, ils sont aujourd’hui ma seule et unique arme. L’encre se met à nouveau à trembler avec les coups, lui aussi effrayé. Sa superficie ondule comme celle d’un lac ténébreux. Mais peu après elle se tranquillise bizarrement. Je lève la tête en attendant une invitation qui ne vient pas. Le bélier s’est arrêté. Les Parfaites ont elles aussi cessé le bourdonnement des leurs prières. Est-ce que les croisés sont parvenus à entrer dans le château ? Je croyais que j’étais prête quand ce moment arriverai, mais je ne le suis pas : mon sang se cache dans les veines les plus profondes. Je pâlis, tout mon corps engourdi par les froids de la peur. Mais non, ils ne sont pas entrés : on aurait entendu le vacarme de la porte au moment d’être arrachée, l’écroulement des sacs de sable avec lesquels nous l’avons renforcée, les pas rapides des prédateurs en train de monter les escaliers. Les Femmes Pieuses écoutent. Moi aussi. Les hommes en fer tintent sous les embrasures de notre forteresse. Ils se retirent. Oui, ils sont en train de se retirer. Le soleil ne va pas tarder à se cacher, et ils doivent préférer célébrer leur victoire à la lumière du jour. Ils n’ont pas besoin de se dépêcher : nous ne pouvons pas nous enfuir et il n’y a personne qui puisse nous aider. Dieu a accordé une nuit de plus. Une longue nuit. J’ai toutes les bougies du garde-manger à ma disposition, puisqu’on ne va plus en avoir besoin. J’en allume une, deux, trois, cinq. La chambre s’illumine avec de beaux éclats de palais. Et penser que nous avons passé tout l’hiver dans le noir pour ne pas les consommer ! Les Femmes Pieuses recommencent à murmurer leurs Notre Père. Moi, je trempe le stylo plume dans l’encre tranquille. Ma main tremble tellement que je déchaîne une houle.

« Deuxième semaine de stage », par Laëtitia Sobenes

Le stage se poursuit et déjà les journées s’accélèrent, nous sommes dans le bain. Cette semaine, nous avons eu à lire trois manuscrits à la vitesse grand V pour donner notre avis de stagiaire. Laura lit plus vite que son ombre, il a fallu mettre le turbo. Les manuscrits n’étaient pas mauvais, mais ils ne correspondaient pas à la ligne éditoriale du Bord de l’eau. Il semblerait que les auteurs ne prennent pas la peine de se renseigner sur les maisons d’éditions auxquelles ils envoient leur manuscrit. Cela agace évidemment l’éditeur, car il perd du temps mais aussi parce qu’il ne se sent pas pris en considération. L’édition est un métier de goût et de convictions où la personnalité est donc mise en avant. L’éditeur, Jean-Luc Veyssy n’a d’ailleurs pas manqué de faire le parallèle avec la candidature pour un stage. Selon lui, il est triste de constater que, comme la plupart des auteurs, les étudiants envoient des lettres types à toutes les maisons d’éditions sans prendre la peine de s’intéresser à ce qu’elles font. Je me suis alors dit que j’avais déjà entendu ça quelque part et qu’heureusement, j’avais bien suivi ce conseil. Á l’heure de recruter des stagiaires, Jean-Luc Veyssy dit se concentrer sur la lettre de motivation et ne parcourir qu’à peine le CV. Une fois le choix fait, l’entretien est primordial. C’est le moment où il faut montrer qu’effectivement on a au moins jeté un œil dans le catalogue des publications, que le travail de la maison d’éditions nous importe et que l’on ne considère pas le stage comme une simple formalité sous les traits d’une signature de convention. Petits conseils d’un éditeur qui devraient être mis à profit par les prochains apprentis...
Nous avons également eu à corriger : Dans les griffes de la Hammer de Nicolas Stanzick – un ouvrage sur la société de production de films fantastiques et d’horreur britannique fondée en 1934 qui a notamment produit les Draculas et Frankenstein. Le livre avait été publié chez un autre éditeur en 2008, mais, à l’époque, il avait subi de nombreuses critiques non sur le fond mais sur la forme. En effet, la correction du manuscrit avait été négligée et il restait beaucoup trop de fautes ce qui desservait le contenu du livre, selon les commentaires laissés par les acheteurs du site Amazon. Le manuscrit a donc été récupéré par Le Bord de l’Eau qui a mis un point d’honneur à traquer la moindre erreur qu’elle soit typographique ou orthographique. Lorsque nous avons eu l’épreuve entre les mains, elle en était déjà à sa troisième correction, et nous avons malgré tout trouvé des fautes. Comme quoi, s’il est plus facile de voir les fautes des autres, on n’est pas à l’abri d’en laisser passer. Le responsable PAO a rentré lui-même les corrections et a relu une dernière fois, puis a retouché la mise en page et a envoyé le fichier à l’auteur qui n’en finissait plus de vouloir recorriger des corrections. Il s’est ensuite occupé de la couverture, de choisir le type de papier et de faire la mise en page des nombreuses photos du livre pour finalement l’envoyer à l’impression. Un travail de longue haleine ; le résultat final sera expédié d’ici quelques semaines.

« Traduire n'est pas trahir, mais négocier », par François Thomas

http://www.nonfiction.fr/article-591-traduire_nest_pas_trahir_mais_negocier.htm

Références culturelles, 460 : Rafael Pascual

http://es.wikipedia.org/wiki/Rafael_Pascual_(voleibolista)

vendredi 14 mai 2010

« El arte de traducir », por Delia Pasini

http://www.revistacriterio.com.ar/cultura/el-arte-de-traducir/

« Début de stage », par Chloé Riou

En photo : La fillette au bastingage / The..., par Gerard Donnelly

Comme vous le savez, je fais mon stage dans des conditions un peu particulières : étant donné que Bastingage est une maison d’édition trop petite pour m’accueillir, je le fais chez moi. Je rencontre l’éditeur régulièrement et je le suis pour certains événements. Ainsi, j’ai tenu un stand avec lui à L’Escale du livre à Bordeaux et j’ai assisté à plusieurs conférences. Pour l’instant, j’ai pu constater que monter une maison d’édition n’est pas chose facile (surtout lorsqu’on ne bénéficie pas de subventions), que l’amour du livre ne paie pas et par conséquent qu’il faut souvent effectuer des tâches ingrates. Car si Bastingage est reconnu dans le milieu professionnel pour éditer des livres de qualité et dénicher de jeunes auteurs, le succès n’est pas au rendez-vous. Il s’agit donc d’entretenir des réseaux, en se montrant dans divers événements (conférence sur les maisons d’éditions, conférence sur l’architecture…). Je pensais que participer à L’Escale du livre aurait été un bon moyen de développer les ventes –il y en a eu, certes, mais à peine de quoi rembourser le prix du stand – et de rencontrer des lecteurs, mais c’est une réalité toute autre que j’ai découvert. En effet, ceux qui s’approchaient du stand étaient davantage des professionnels que des lecteurs. J’ai assisté à un long défilé d’imprimeurs et de graphistes à la recherche de nouveaux contrats, et à des centaines d’auteurs cherchant à se faire publier, sans même connaître les collections de la maison d’édition. En plus d’un volet commercial assez désagréable – certains éditeurs n’hésitaient pas à haranguer le passant comme des vendeurs à la criée sur un marché –, il faut faire face à des situations humainement difficiles : refuser des écrivains qui ont travaillé plusieurs années sur un projet, leur faire comprendre que cela ne correspond en rien à la ligne éditoriale, garder son sang froid car ils insistent, s’énervent ou pleurent. Ce qui m’amène à parler des manuscrits que j’ai eus à lire, à corriger et sur lesquels j’ai dû faire des fiches de lecture. La maison d’édition en reçoit plusieurs par semaine, et parmi eux, certains attirent l’attention de M. Sallenave : une écriture, un thème, un discipline… Même s’il fait appel à des lecteurs et des correcteurs (bénévoles), l’éditeur occupe aussi ces fonctions et être sur tous les plans est plus qu’épuisant. J’ai donc eu un manuscrit en ma possession qui m’a donné du fil à retordre : dès la première page, je m’arrête. En tant que lectrice, je n’aurait pas continué : dialogues invraisemblables, répétitions à tout va ( jusqu’à 8 fois le même mot en 20 lignes…), des phrases à la syntaxe plus que douteuse, des problèmes de ponctuation, des erreurs de typographie et j’en passe. En bref, le catalogue complet de tout ce qu’il ne faut pas faire. Lire 70 pages m’a pris une journée entière, vu que je corrigeais chaque ligne. Je me suis mise à douter : M. Sallenave a-t-il vraiment l’intention de le publier ? Après une longue discussion, il s’est avéré qu’il était tout à fait conscient des problèmes de cette écriture – là, j’apprend avec horreur que c’est déjà une deuxième version –, mais très intéressé par le thème du roman. Il me demande donc de continuer la lecture, sans pour autant tout corriger. J’ai pris mon mal en patience, et je l’ai terminé. J’ai réalisé que je n’avais jamais lu un livre que je n’aimais pas en entier. J’ai été à deux doigt de tout déchirer tellement je haïssais le narrateur, le personnage principal, chaque mot qui composait ce manuscrit. J’ai ensuite fait une fiche de lecture en détaillant tous les problèmes (avec de nombreux exemples) et tous mes conseils pour améliorer l’écriture, ce qui sera transmis à l’auteur (ouf je n’aurais pas à le rencontrer pour lui dire tout ça en face ! Enfin je crois…), qui, pour être publié, n’aura pas le choix : il devra couper de nombreux passages, corriger son écriture, ou ne sera pas publié. En tout cas, ce minutieux travail de lecture-correction me sera très utile pour ma traduction longue ! Rassurez-vous, j’ai aussi eu droit à un très bon manuscrit d’un jeune auteur prometteur, et travailler dessus a été très agréable. J’ai pu discuter avec lui de mes impressions de lectrice (merci Caroline pour les séances « Parlez-nous d’un livre » !) et ces rencontres sont vraiment très enrichissantes.
Voilà pour le résumé rapide de mes premières semaines de stages, la suite au prochain épisode avec un autre salon en prévision !

Références culturelles, 458 : Josep Guardiola

En photo : Josep guardiola, par ovidio64

http://es.wikipedia.org/wiki/Josep_Guardiola

mercredi 12 mai 2010

« Traducir a García Márquez o El sueño imposible », par Gerald Martin

À lire dans le volume El arte de leer a García Márquez, ed. Gustavo Cobo Borda, Barcelona, Belacqua, 2007, p. 23-36.

Références culturelles, 456 : Federico Martín Bahamontes

En photo : Federico Martín Bahamontes

http://es.wikipedia.org/wiki/Federico_Mart%C3%ADn_Bahamontes

lundi 10 mai 2010

Une anecdote en direct de la capitale, par Amélie Rioual

En photo : Gare de l’Est., par Beat.

Vite fait bien fait ?

Deux fois par semaine, les attachées de presse confectionnent des revues de presse. En en feuilletant une, je suis tombée sur un article du Téléstar du 29 mars 2010 qui parlait du traducteur de Dan Brown (notamment de Forteresse Digitale et du Symbole Perdu). J’ai été interpellée par un encart qui disait qu’il avait traduit le dernier Dan Brown, Le Symbole Perdu, en trois semaines. J’en ai donc parlé à mon maître de stage, puisque c’est Lattès qui publie les Dan Brown, qui m’a raconté une anecdote plutôt amusante mais qui révèle que le travail du traducteur est parfois extrêmement difficile.
La sortie de ce roman aux Etats-Unis présentait de tels enjeux que la maison d’édition américaine a refusé d’envoyer le manuscrit anglais en France avant sa publication nationale, le 15 septembre. Sauf que Lattès avait programmé la sortie française du Symbole Perdu pour le 20 novembre environ. Les délais étaient donc très courts. Pour accélérer le processus de traduction, ils avaient engagé deux traducteurs. Ils ont enfin reçu le manuscrit le 15 septembre, et pour qu’un des traducteurs – qui vit à Strasbourg – l’ait le plus vite possible, ils ont dépêché la précédente stagiaire du commercial à la gare de l’Est, avec la mission de trouver un voyageur pour Strasbourg et de lui remettre le précieux texte. Une fois arrivé, ledit voyageur devait retrouver le traducteur pour lui donner le « paquet ». Le plus drôle est que la stagiaire avait des origines russes – et donc l’accent correspondant – et on aurait dit qu’il s’agissait d’une mission de la mafia !
Toujours est-il que Dominique Defert a reçu le manuscrit en main propre, et qu’il a pu s’atteler à la tâche : seize heures de travail par jour, sept jours sur sept, à raison de trente pages par jour pour respecter les délais demandés. Dans l’interview, il explique que malgré la rapidité de sa traduction, il n’en est pas si mécontent. Comme quoi…

« Deuxième semaine de stage », par Amélie Rioual

En photo : The Von Monkey Alphabet: A is for..., par vonMonkey

Après une deuxième semaine de stage à la mode parisienne, un autre petit point s’impose. Outre les traditionnelles tâches quotidiennes dont je vous ai déjà parlé la semaine dernière –mise à jour du logiciel Dune, du site pmv et envois des livres aux libraires– j’ai fait de nouvelles découvertes qui me permettent de m’immiscer un peu plus dans le monde de l’édition.
L’événement majeur de la semaine a été les deux réunions avec les représentants (les fameux A et B auxquels j’ai déjà fait allusion) de mercredi dernier, dans le but de préparer la rentrée littéraire. La journée précédente fut donc longue et mouvementée car, comme j’ai pu le vérifier, l’édition n’échappe pas à la règle de « tout faire à la dernière minute ». Succinctement, voici ce qu’il faut savoir sur les représentants : ils sont répartis en deux catégories désignées par deux lettres, les A et les B. Les premiers sont au nombre de quinze et se consacrent aux 400 premières librairies françaises. Chacun est en charge d’un secteur (plutôt vaste) précis –Rive gauche, Rive droite (pour les parisiens), Bretagne, Sud-Est… où il doit faire le tour des libraires pour leur vendre les livres de Lattès et du Masque. Si j’ai bien compris, ces mêmes représentants s’occupent également des Éditions Grasset, autre maison dépendante de l’écurie Hachette. Ils sont « pilotés » par Prolivre, située rue des Saints-Pères à deux pas de Saint-Germain-des-Prés, société dont le rôle est d’assurer la diffusion auprès de ces 400 premières librairies. Quant aux B, ils sont trente, disposent également chacun d’une zone délimitée et s’occupent de la 401e à la 1000e librairie. Pour en revenir aux réunions, nous devons leur présenter les livres que nous allons publier pour la rentrée littéraire, c’est-à-dire pour les mois d’août et de septembre. Pour ce faire, il faut leur fournir les argumentaires de chacun des livres du Masque et de Lattès, les programmes de publication, les livres déjà publiés (il s’agit souvent d’épreuves non corrigées par l’auteur, mais qui ont déjà la bonne couverture) et les planches des couvertures non-imprimées. Un argumentaire est un récapitulatif de tout ce qu’il faut savoir sur le livre pour le vendre (cela m’a fait pensé au fameux Comment parler des livres sans les avoir lus de Laëtitia) et se compose de la couverture finale, d’un résumé bref en deux ou trois lignes, des arguments de ventes (tels que le nombre de ventes du livre précédent si l’auteur est déjà connu, la similitude avec un autre auteur, le succès à l’étranger…), d’un résumé plus détaillé et enfin, en plus petit on trouve le prix, le nombre de page et l’ISBN (carte d’identité du livre). Je crois que je n’ai rien oublié. En ce qui concerne les programmes de publication, ce sont des tableaux Excel où sont indiqués, pour chaque ouvrage, la date de publication, la date d’office (également appelée date de run, c’est la date de sortie du livre en librairie), le nom de l’auteur, le titre, l’ISBN, le code interne à Hachette et le prix. Tout cela était donc à imprimer en 35 exemplaires en couleur, puis à photocopier en 30 exemplaires en noir et blanc. Rien qu’avec ça, je détenais le record du nombre d’impressions-photocopies faites par un stagiaire en une seule journée. C’était sans compter une jeune auteur de 16 ans, fille de Serge et Marine Bramly, deux auteurs également publiés chez Lattès. Ayant reçu le manuscrit de Carmen Bramly quinze jours auparavant, les éditeurs ont décidé de l’inclure dans le programme de la rentrée littéraire. Je savais qu’il fallait que je l’imprime en quinze exemplaires pour les A, afin qu’ils puissent se faire une idée précise du roman. Sauf que jusqu’à mardi en milieu d’après-midi, nous n’étions pas sûrs du titre (nous sommes plusieurs à l’avoir lu lundi soir pour pouvoir donner notre avis) et à la dernière minute, une éditrice a posé une question essentielle : faut-il vraiment le diffuser si tôt ? Après maintes discussions, la réponse fut oui et le titre fut choisi : vers 16h30 mardi, j’ai donc commencé à imprimer mes 15 x 150 pages. Faites le calcul, ajoutez cela aux 25 pages x 65 de tout à l’heure, et vous comprendrez pourquoi je pourrais figurer dans le Guinness ! D’autant plus qu’il fallait que ces manuscrits soient mercredi matin dans les bureaux de Prolivre, et qu’à cette heure-là, il n’y avait plus de coursier. Devinez donc qui a joué ce rôle ? (Quand je vous disais que je m’étais remise au sport, je ne mentais pas !).
La réunion de mercredi matin avec les A s’est très bien passée ; les éditeurs et le directeur commercial se placent autour d’une table avec les représentants, tandis que les autres personnes de la maison d’édition (les attachées de presse, la responsable de la cessation des droits, le chargé en communication, l’assistant de gestion, la directrice administrative et financière) prennent place derrière. On débute par le programme de publication du Masque avant de passer à Lattès. Quand il y a un litige autour d’un titre ou d’une couverture, pas encore définitifs, les représentants ont leur mot à dire, car ils savent pertinemment ce qui se vend ou pas. Ils travaillent d’arrache-pied pour que les libraires acceptent certains livres et parfois, ça paraît vraiment difficile. Pour vous donner un exemple précis, on réédite en juin Les âmes vagabondes, de Stephenie Meyer, avec un chapitre supplémentaire et des confidences de l’auteur. Mais les librairies rechignent à l’acheter car le titre vient de sortir en poche, et ils ont donc des doutes quant aux ventes qu’ils pourront obtenir. En parallèle avec ces présentations effectuées par les éditeurs, certains auteurs viennent eux-mêmes parler de leur ouvrage. Où l’on découvre qu’un bon auteur n’est pas forcément un bon orateur. La plupart du temps, ces échanges se révèlent enrichissants, et s’achèvent même parfois en débat : nous allons publier un nouvel essai d’Olivier Revol, pédopsychiatre, intitulé pour le moment J’en ai plein l’ado. La discussion a donc rapidement évolué vers les problèmes personnels que chacun rencontrait avec son enfant…c’était plutôt cocasse. Au terme de la réunion, les représentants et les éditeurs se retrouvent au restaurant pour déjeuner ; au préalable, j’avais disposé des étiquettes nominatives autour de la table selon le plan de table que mon maître de stage m’avait donné. Une tâche sans doute ingrate, mais plutôt amusante. La seconde réunion, à laquelle je n’ai pas assisté, se déroulait l’après-midi à l’Hôtel Littré, dans le 15e.
Cette semaine, j’ai également consacré une demi-journée à naviguer sur les sites de vente en ligne (Alapage, Amazon, Fnac et Virgin) en vérifiant pour chacun de nos livres parus depuis mars que les renseignements qui s’y trouvaient étaient bien exacts et qu’il y avait le bon visuel de couverture. C’est fou les divergences qui existent entre les sites et la réalité, notamment sur le nombre de page ou le nom des auteurs.
J’ai sûrement fait autre chose durant ces cinq journées, mais je ne vais pas faire un mini-rapport de stage chaque week-end ! Donc je vais m’arrêter là pour aujourd’hui, en vous disant que demain après-midi, je dois rencontrer Joan Peguillan-Schlottenmeier, la responsable de l’achat des droits étrangers pour Lattès-Le Masque. La suite au prochain épisode !

Références culturelles, 454 : Fernando Torres

En photo : Fernando Torres, par eurocopa2008

http://es.wikipedia.org/wiki/Fernando_Torres

dimanche 9 mai 2010

Un petit conseil…

En photo : Bienvenue au Chalet !, par gregoryjost

Certes les apprenties traductrices bordelaises n'en sont pas encore à l'étape délicate des relectures, mais cela va arriver vite et, pour leur permettre d'anticiper, je leur rappelle ce petit conseil d'une vieille routarde de la traduction : attention de bien prévoir le temps nécessaire au contrôle étroit des deux textes – le français d'un côté, l'espagnol de l'autre – pour être certaines de ne rien oublier en route… un mot, une phrase et même, oui cela nous arrive à tous, un paragraphe entier. Une page ? Sans doute. Étant moi-même actuellement plongée dans ce travail-là pour Los confines d'Andrés Trapiello, je m'aperçois une fois de plus de l'impératif absolu que cela représente… Il convient de ne surtout pas céder à la lassitude, voire au découragement et de négliger cette phase il est vraie rébarbative et difficile à mener. Jean-Marie Saint-Lu nous parlait de l'éthique du traducteur ? Nous y sommes. Et il y a aussi l'amour à prendre en compte. Toutes les omissions ne se voient pas, d'accord, et vous ne serez pas forcément repérées, arrêtées et présentées en place publique pour recevoir le châtiment que vous méritez, mais vous, vous savez… ou, ça n'est parfois qu'une question de temps, vous saurez en relisant le texte publié. Vous avez fauté par négligence. Que de regrets et de remords ! Mieux vaut une imparfaite maîtrise du rendu de certains rouages secrets du texte que l'absence de la voix que l'auteur vous avait confiée, l'introduction de silences plus ou moins longs et tous aussi graves les uns que les autres, même quand ils sont minuscules et presque invisibles. Que le passeur ne devienne pas une petite souris semant les trous derrière… dans lesquels il n'aura plus ensuite qu'à aller se cacher de honte.

Votre version de la semaine

Volvió a la isla el viernes 16 de agosto en el transbordador de las dos de la tarde. Llevaba una camisa de cuadros escoceses, pantalones de vaquero, zapatos sencillos de tacón bajo y sin medias, una sombrilla de raso y, como único equipaje, un maletín de playa. En la fila de taxis del muelle fue directo a un modelo antiguo carcomido por el salitre. El chofer la recibió con un saludo de antiguo conocido y la llevó dando tumbos a través del pueblo indigente, con casas de bahareque y techos de palma, y calles de arenas blancas frente a un mar ardiente. Tuvo que hacer cabriolas para sortear los cerdos impávidos y a los niños desnudos, que lo burlaban con pases de toreros. Al final del pueblo se enfiló por una avenida de palmeras reales, donde estaban las playas y los hoteles de turismo, entre el mar abierto y una laguna interior poblada de garzas azules. Por fin se detuvo en el hotel más viejo y desmerecido.
El conserje la esperaba con las llaves de la única habitación del segundo piso que daba a la laguna. Subió las escaleras con cuatro zancadas y entró en el cuarto pobre con un fuerte olor de insecticida y casi ocupado por completo con la enorme cama matrimonial. Sacó del maletín un neceser de cabritilla y un libro intenso que puso en la mesa de noche con una página marcada por el cortapapeles de marfil. Sacó una camisola de dormir de seda rosada y la puso debajo de la almohada. Sacó una pañoleta de seda con estampados de pájaros ecuatoriales, una camisa blanca de manga corta y unos zapatos de tenis muy usados, y los llevó al baño con el neceser.
Antes de arreglarse se quitó la camisa escocesa, el anillo de casada y el reloj de hombre que usaba en el brazo derecho, y se hizo abluciones rápidas en la cara para lavarse el polvo del viaje y espantar el sueño de la siesta. Cuando acabó de secarse sopesó en el espejo sus senos redondos y altivos a pesar de sus dos partos, y ya en las vísperas de la tercera edad. Se estiró las mejillas hacia atrás con los cantos de las manos para verse como había sido de joven, y vio su propia máscara con los ojos chinos, la nariz aplastada, los labios intensos. Pasó por alto las primeras arrugas del cuello, que no tenían remedio, y se mostró los dientes perfectos y bien cepillados después del almuerzo en el transbordador. Se frotó con el pomo del desodorante las axilas recién afeitadas y se puso la camisa de algodón fresco con las iniciales A.M.B. bordadas a mano en el bolsillo. Se desenredó con el cepillo el cabello indio, largo hasta los hombros, y se hizo la cola de caballo con la pañoleta de pájaros. Para terminar, se suavizó los labios con el lápiz labial de vaselina simple, se humedeció los índices en la lengua para alisarse las cejas lineales, se dio un toque de su perfume amargo detrás de cada oreja y se enfrentó por fin al espejo con su rostro de madre otoñal. La piel, sin un rastro de cosméticos, se defendía con su color original, y los ojos de topacio no tenían edad en los oscuros párpados portugueses. Se trituró a fondo, se juzgó sin piedad y se encontró casi tan bien como se sentía. Sólo cuando se puso el anillo y el reloj se dio cuenta de su retraso: faltaban seis para las cinco. Pero se concedió un minuto de nostalgia para contemplar las garzas que planeaban inmóviles en el vapor ardiente de la laguna. Los nubarrones negros del lado del mar le aconsejaron la prudencia de llevar la sombrilla.

Gabriel García Márquez, En agosto nos vemos

***

Laëtitia Sw. nous propose sa traduction :

Elle retourna dans l’île le vendredi 16 août à bord du ferry de quatorze heures. Elle portait une chemise à carreaux écossais, un jean, des chaussures simples à talon bas, sans chaussettes, une ombrelle en satin, et elle avait pour tout bagage un sac de plage. Dans la file de taxis le long du quai, elle choisit directement un modèle ancien rongé par le salpêtre. Le chauffeur la salua comme si elle était une vieille connaissance et la conduisit, dans son véhicule cahotant, à travers le village indigent, composé de maisons aux murs en roseaux et en terre et aux toits de palme, et de rues au sable blanc face à une mer ardente. Il dut faire des embardées pour esquiver les cochons impavides et les enfants nus, qui le bravaient avec des passes de toreros. Au bout du village, il s’engagea dans une avenue de palmiers royaux, où se trouvaient les plages et les hôtels de tourisme, entre la mer ouverte et une lagune intérieure peuplée de hérons bleus. Enfin, il s’arrêta devant l’hôtel le plus vieux et le plus médiocre.
Le portier l’attendait avec les clefs de l’unique chambre du second étage qui donnait sur la lagune. Elle monta les escaliers en quatre enjambées et entra dans la modeste chambre à la forte odeur d’insecticide et presque totalement occupée par l’énorme lit deux places. Elle sortit de son sac un nécessaire de toilette en chevreau et un livre intense qu’elle posa sur la table de nuit et dont elle avait marqué une page avec son coupe-papier en ivoire. Elle sortit une chemise de nuit en soie rose qu’elle mit sous le traversin. Elle sortit un fichu en soie imprimé d’oiseaux équatoriaux, une chemise blanche à manches courtes et des baskets très usées, puis elle porta le tout à la salle de bains avec son nécessaire.
Avant de se préparer, elle ôta sa chemise écossaise, son alliance et la montre d’homme qu’elle portait au bras droit, puis elle fit quelques ablutions rapides pour nettoyer son visage de la poussière du voyage et dissiper le sommeil de la sieste. Après s’être séchée, elle soupesa, devant la glace, ses seins ronds et altiers malgré ses deux grossesses et bien qu’elle fût à la veille du troisième âge. Elle s’étira les joues en arrière avec le dos des mains pour se voir telle qu’elle avait été dans sa jeunesse, et elle considéra son propre masque aux yeux bridés, au nez camus, aux lèvres intenses. Elle passa outre les premières rides de son cou, pour lesquelles il n’y avait rien à faire, et elle découvrit ses dents parfaites et bien brossées après le déjeuner sur le ferry. Elle frotta avec le roller du déodorant ses aisselles récemment rasées et elle enfila sa chemise en coton frais, aux initiales A.M.B. brodées à la main sur la poche. Elle démêla avec sa brosse ses cheveux d’indienne, longs jusqu’aux épaules, et elle se fit une queue de cheval avec le fichu aux oiseaux. Pour finir, elle adoucit ses lèvres avec un simple baume de vaseline, elle humecta ses index sur sa langue pour se lisser les sourcils bien droit, elle se vaporisa une touche de son parfum amer derrière chaque oreille et elle affronta enfin le miroir, arborant son visage de mère automnale. Sa peau, sans une once de maquillage, se défendait avec sa couleur originelle, et ses yeux de topaze n’avaient pas d’âge sous ses obscures paupières portugaises. Elle s’examina minutieusement, se jugea sans pitié et se trouva aussi bien qu’elle se sentait, ou presque. Ce n’est qu’en mettant son alliance et sa montre qu’elle se rendit compte de son retard : il ne restait plus que six minutes avant dix-sept heures. Cependant, elle s’octroya une minute de nostalgie pour contempler les hérons qui planaient, immobiles, dans la vapeur ardente de la lagune. Les gros nuages noirs du côté de la mer l’incitèrent à la prudence et elle emporta son ombrelle.

***

Laëtitia nous propose sa traduction :

Elle revint dans l’île le vendredi 16 août par le ferry de deux heures de l’après-midi. Elle portait une chemise à carreaux écossais, un jean, des chaussures simples à talons plats et sans chaussettes, son parapluie en satin et, comme seul bagage, une petite valise de plage. Dans la file de taxis du quai, elle se dirigea droit vers un modèle ancien rongé par le salpêtre. Le chauffeur la reçut avec un salut de vieille connaissance et l’amena en avançant à grand peine à travers le village indigent, ses maisons en torchis et leurs toits en branche de palmier, et ses rues de sable blanc face à une mer ardente. Il dut faire des cabrioles pour éviter les porcs impassibles et les enfants nus qui se moquaient de lui en faisant des passes de torero. Au bout du village il enfila une avenue de palmiers royaux, où se trouvaient les plages et les hôtels de tourisme, entre la mer ouverte et une lagune intérieure peuplée de hérons bleus. Enfin il s’arrêta devant l’hôtel le plus vieux et défraîchi.
Le concierge l’attendait avec les clés de la seule chambre du deuxième étage qui donnait sur la lagune. Elle gravit les escaliers en quatre enjambées et entra dans la pièce misérable baignée dans une forte odeur d’insecticide et presque entièrement occupée par l’énorme lit deux places. Elle sortit de la petite valise un nécessaire de toilette en chevreau et un livre intense qu’elle posa sur la table de chevet avec une page marquée par le coupe-papier en marbre. Elle sortit la chemise de nuit de soie rose et la mit sous l’oreiller. Elle sortit un fichu de soie avec des imprimés d’oiseaux équatoriaux, une chemise blanche à manches courtes et des chaussures de tennis très usées, et elle les apporta à la salle de bain avec le nécessaire.
Avant de faire sa toilette, elle enleva sa chemise écossaise, son alliance et sa montre d’homme qu’elle portait au bras droit, et se fit des ablutions rapides sur le visage pour se débarrasser de la poussière du voyage et chasser le sommeil de la sieste. Quand elle eut terminé de se sécher, elle soupesa devant le miroir ses seins ronds et altiers malgré ses deux accouchements, et étant déjà à l’aube du troisième âge. Elle s’étira les joues vers l’arrière avec le tranchant des mains pour se voir comme elle avait été jeune, et elle vit son propre masque avec ses yeux bridés, son nez aplati, ses lèvres intenses. Elle passa outre les premières rides du cou, contre lesquelles elle ne pouvait rien, et se montra les dents parfaites et bien brossées après le déjeuner dans le ferry. Elle se frotta les aisselles rasées de frais avec le pommeau du déodorant et mit la chemise en coton léger avec les initiales A.M.B. brodées à la main dans la poche. Elle démêla avec la brosse ses cheveux indiens, longs jusqu’aux épaules, et elle se fit une queue de cheval avec le fichu aux oiseaux. Pour finir, elle s’enduisit les lèvres avec le bâton de vaseline simple, elle s’humidifia les index sur la langue pour lisser ses sourcils alignés, elle s’aspergea de son parfum amer derrière chaque oreille et elle affronta enfin le miroir avec son visage de mère automnale. Sa peau, sans une trace de cosmétiques, se défendait avec sa couleur originale, et ses yeux de topaze n’avaient pas d’âge dans ses sombres paupières portugaises. Elle se tritura à fond, se jugea sans pitié et se trouva presque aussi bien qu’elle se sentait. Ce ne fut que lorsqu’elle mit son alliance et sa montre qu’elle se rendit compte de son retard : il était cinq heures moins six. Mais elle s’accorda une minute de nostalgie pour contempler les hérons qui planaient immobiles dans la vapeur ardente de la lagune. Les gros nuages du côté de la mer lui conseillèrent la prudence d’emporter le parapluie.

***

Sonita nous propose sa traduction :

Elle retourna dans l’île le vendredi 16 août sur le ferry de quatorze heures. Elle portait une chemise à carreaux écossaise, un jean, des chaussures simples, sans talons et pas de chaussettes, une ombrelle en soie, et, comme unique bagage, un sac. Dans la file de taxis sur le quai, elle alla directement vers un modèle ancien rongé par le salpêtre. Le conducteur la salua comme si elle était une vieille connaissance et l’emmena cahin caha à travers le village indigent, avec des maisons en barahequei aux toits de palme, et des rues de sable blanc en face d’une mer ardente. Il a dû faire des cabrioles pour éviter les cochons impavides et les enfants à poil, qui se moquaient de lui avec des passes de torero. En arrivant au bout du village il prit la direction d’une avenue avec des palmiers royaux où se trouvaient les plages et les hôtels de tourisme, situés entre la mer ouverte et une lagune intérieure peuplée de hérons bleus. Enfin, il s’arrêta devant l’hôtel le plus vieux et de moins mérite.
Le concierge l’attendait avec les clés de la seule chambre qui avait une vue sur la lagune.
Elle monta les escaliers en quatre enjambées et entra dans la chambre pauvre qui sentait très fort l’insecticide et qui était presque complètement occupée par l’énorme lit matrimonial. Elle sortit du sac le nécessaire pour la toilette et un livre intense qu’elle mit sur la table de nuit avec une page marquée par le coupe-papier en ivoire. Elle sortit une nuisette en soie rosée et la mit sous l’oreiller. Elle sortit un fichu en soie imprimé d’oiseaux équatoriaux, une chemise blanche à manches courtes et des baskets très usées, et les apporta dans la salle de bains avec le nécessaire pour la toilette. Avant de se préparer, elle enleva la chemise écossaise, l’alliance de mariage et la montre d’homme qu’elle portait au poignet droit et elle se passa rapidement de l’eau sur le visage pour enlever la poussière du voyage et chasser le sommeil. Quand elle finit de se sécher elle soupesa dans le miroir ses seins ronds et altiers malgré ses deux grossesses, et à la veille du troisième âge. Elle tira ses pommettes en arrière avec le coin des mains pour avoir le même visage qu’elle avait eu étant plus jeune, et elle vit son propre masque avec les yeux bridés, le nez aplati et les lèvres intenses. Elle passa sous silence les rides du cou, qui n’avaient plus de solution, et montra sa dentition parfaite et bien brossée après le déjeuner sur le ferry. Elle se frotta avec le pommeau du déodorisant les aisselles fraîchement rasées et enfila la chemise en coton frais avec les initiales A.M.B. brodées sur la poche. Elle démêla les cheveux indiens avec la brosse, qu’elle avait longs jusqu’aux épaules, et se fit une queue de cheval avec le fichu aux oiseaux. Pour terminer, elle adoucit ses lèvres avec le crayon labial de vaseline simple, humecta les index avec la langue pour se lisser les sourcils linéaires, mit un soupçon de son parfum amer derrière chaque lobe de l’oreille et confronta enfin son visage de mère automnale au miroir. La peau sans aucune trace de cosmétiques se défendait avec sa couleur originale, et les yeux de topaze n’avaient pas d’âge sous les sombres paupières portugaises. Elle se broya à fond, se jugea sans pitié et se trouva presque aussi bien qu’elle se sentait. Ce n’est que quand elle se mit la bague et la montre qu’elle se rendit compte de son retard : dans six minutes il serait cinq heures. Cependant, elle s’autorisa une minute de nostalgie pour contempler les hérons qui planaient immobiles dans la vapeur ardente de la lagune. Les gros nuages noirs du côté de la mer lui conseillèrent la prudence d’emporter son ombrelle.

Références culturelles, 453 : Paquillo Fernández

En photo : PAQUILLO-9719, par vic_rp

http://es.wikipedia.org/wiki/Paquillo_Fern%C3%A1ndez

samedi 8 mai 2010

« Première semaine de stage », par Amélie Rioual

En photo : Saint-Germain-des-Prés, par Jérôme Sneuw

À peine remise des péripéties de mon voyage entre Bordeaux et Paris (un train raté et 58,5 kilos de bagages à transporter, pour ceux qui auraient oublié), il me fallait affronter les terres inconnues de la capitale, et plus particulièrement celles du 17 rue Jacob, dans le 6ème.
Qu’à cela ne tienne ! Armée de ma carte Navigo flambant neuve, je m’engouffre pour la première fois dans la bouche de métro ‘Volontaires’, ligne 12, direction La Courneuve. Deux stations plus loin, je descends à Montparnasse-Bienvenue, puis nouvelle ligne de métro, la 4 cette fois, direction Porte de Clignancourt. Saint-Germain-des-Prés. Arrivée. Si Émeline devra se battre pour trouver où se garer, mon quotidien, désormais, sera de me souvenir dans quel wagon entrer pour avoir le moins de chemin à parcourir avant la sortie, de me frayer un passage parmi les voyageurs et de ne pas rater la station. Et la même chose en sens inverse, bien entendu. Mais entrons dans le vif du sujet, à savoir ma première semaine de stage.
Je ne vais pas vous faire un compte-rendu au jour le jour, ce serait ennuyeux et parfaitement inutile puisqu’évidemment, j’ai des missions quotidiennes à effectuer, notamment celle de me servir d’un logiciel nommé Dune. Chaque jour, nous recevons de la part des représentants des Services de Presse (SP) ; ce sont des étiquettes autocollantes à l’en-tête JC Lattès-Le Masque, sur lesquelles sont notés le nom et adresse de chaque libraire qu’ils ont rencontré. Au dos, le représentant indique le (ou les) livre(s) que cette personne veut recevoir. Mon rôle est de répertorier (dans Dune) chacun des livres que nous envoyons, dans le but de pouvoir ensuite éditer des listes d’envoi. Ainsi, si nous publions un livre dans le même genre que Dan Brown, nous savons quelle librairie est susceptible d’avoir la clientèle pour le vendre, et nous pouvons le leur expédier directement. En effet, après la phase informatique vient la phase logistique : je dois descendre dans la réserve (véritable temple livresque) pour glisser les livres demandés dans des enveloppes, sur lesquelles je colle lesdites étiquettes (d’où leur vertu autocollante !). Cette opération pourrait sembler rébarbative à première vue, mais détrompez-vous : il faut déjà comprendre la logique d’utilisation des différentes enveloppes et colis –les librairies de Paris ou en banlieue, les particuliers de Paris ou de banlieue et la province ne sont pas logés à la même enseigne– et surtout, cela permet d’assimiler titres, auteurs et collections. Il me faut parfois monter sur une échelle branlante pour attraper un « vieux » livre de l’an dernier, déjà relégué en haut des étagères ! Cela me permet de me remettre un peu au sport, d’autant plus que la maison étant située dans un ancien hôtel particulier, il y a 4 étages qu’il faut constamment monter et descendre.
Mais je m’égare… Mardi, j’ai passé la matinée à arpenter les rues et métros parisiens pour visiter trois Fnac (Fnac Saint-Lazare, Fnac Forum et Fnac des Ternes), Virgin Barbès et la Librairie de Paris pour étudier comment les livres Lattès et Le Masque sortis en mars-avril y étaient placés. Bilan : un périple extrêmement enrichissant, je n’aurais jamais imaginé que des enseignes similaires pouvaient traiter un même livre de manière aussi différente. Pour vous donner un exemple précis, Debout sur la Terre, de Nahal Tajadod est un roman du Moyen-Orient, rayon peu développé dans les librairies. Aucun magasin ne le place de la même manière. Dans deux Fnac, il se trouvait sur l’étagère la plus basse d’une table placée dans le rayon Littérature Étrangère. Dans la troisième, il était sur le dessus d’une même table, toujours dans ce rayon. Enfin, à Virgin et à la librairie de Paris, il était surélevé, et dans le rayon Littérature francophone, donc bien plus en valeur. Pour autant, l’auteur a appelé hier car elle est inquiète du peu de presse faite autour de son livre. Eh oui, le marché du livre aussi subit la crise…je l’entends tous les jours autour de moi, notamment lors des coups de téléphone passés aux libraires.
Durant cette première semaine, j’ai également assisté aux réunions de fabrication de Lattès et du Masque. Une petite explication s’impose : Jean-Claude Lattès et Le Masque sont, au départ, deux maisons indépendantes qui partagent désormais le même toit. Le Masque publie uniquement des polars sous plusieurs collections : Le Masque Jaune (couverture célèbre des Agatha Christie), MSK (nouvelle collection destinée aux adolescents ; le fameux Hush Hush de Becca Fitzpatrick en tête de gondole de toutes les librairies), Le Masque (livres grands formats) et Labyrinthes (collection de poche). Quant à Lattès, ils publient un peu de tout : littérature francophone, littérature étrangère (le prochain William Ospina, Le pays de la cannelle, sort pour la rentrée littéraire), littérature historique, essais et documents, romans noirs (il faut que je me renseigne sur la différence entre ces romans-là et ceux publiés au Masque). Pour plus de précision, je vous mets l’adresse du site : www.editions-jclattes.fr. Donc pour en revenir aux réunions, il y en a deux différentes, qui se déroulent de la même manière. Chaque personne présente dispose d’un planning de fabrication et la table commente les titres, les délais, les couvertures choisies…pour le Masque d’abord, puis pour Lattès.
Jeudi et vendredi mon maître de stage était absent, mais il m’avait laissé des tâches à accomplir. Tout d’abord, je devais aller sur un site nommé « portail de mise en vente » (pmv), où je devais entrer chaque titre à paraître en août et septembre (période la plus importante de l’année pour une maison d’édition, car il s’agit de la rentrée littéraire) ainsi que des renseignements tels que le prix TTC et HT, le tirage total et le tirage pour les A, les B et les Hypermarchés si besoin. Cette histoire des A et des B va, je pense, vous être totalement étrangère, mais je vous l’expliquerai dans un autre post, celui de ma deuxième semaine. Ma deuxième mission était de mettre à jour le répertoire « infos libraires » de la messagerie Outlook de mon maître de stage grâce au site Dilicom, qui recense tous les libraires de France. Je dois bien avouer que cette mission a été particulièrement longue et ennuyeuse. C’est le lot de tout stagiaire, j’imagine.

« Début de stage », par Coralie Bonneau

Vieux fourgon Citroën, par TdSch

Lundi matin, 9h20, me voilà arrivée au fin fond de la campagne lot et garonnaise. Je pénètre dans les bureaux des éditions Arphilvolis. Après une visite des locaux et une brève présentation de la société et de son fonctionnement, Mme Faïn, la directrice, me lance sur ma première tâche : la correction (orthographe et mise en page) de l’oeuvre d'un homme qui s'est voulu écrivain le temps d'un hommage à son père. Ce livre sera tiré en vingt exemplaires, destinés à son entourage et non à la vente… Il n’empêche qu’une correction était obligatoire. Et quel travail difficile ! Cet ouvrage n'ayant pas de visée commerciale, il ne fallait pas trop retoucher certaines syntaxes qui me faisaient faire des bonds sur ma chaise, ni même, comble du comble pour une hispanisante, corriger les mots espagnols écrits à la française ! Quand j’ai enfin fini par voir le bout de ce manuscrit, il était l’heure que je m’en aille. Si j’avais su ce qui allait m’arriver quelques minutes plus tard... le gentil chauffeur d'un vieux fourgon rouillé m'a envoyé valdinguer dans un fossé ! Quel bonheur de finir cette première journée aux urgences ! Momentanément sans véhicule, j'ai dû interrompre mon stage le temps d'une journée. À mon retour mercredi matin, un nouveau manuscrit m’attendait. Le premier polar d’une auteur de romans jeunesse. Beaucoup plus intéressant. Nous nous sommes donc tenu compagnie jusqu’à vendredi.
Je dois avouer que les travaux de cette semaine m’ont paru un peu rébarbatifs, j’espère voir rapidement autre chose, d'autant que cette maison d'édition imprime elle-même ses livres... Aventure à suivre...ance sur ma première t fonctionnement, Mme Fa

Références culturelles, 452 : Conchita Martínez

En photo : Conchita Martinez, par robbiesaurus

http://es.wikipedia.org/wiki/Conchita_Mart%C3%ADnez

vendredi 7 mai 2010

jeudi 6 mai 2010

Pour celles et ceux qui lisent en anglais…

… interview de Daína Chaviano sur ses rapports avec ses traducteurs.

http://www.intralingo.com/html/blog.html

« Première semaine de stage », par Laëtitia Sobenes

Perchée au premier étage d’une résidence Lormontaise, une maison d’édition avec vue sur la cité. Un appartement aménagé en bureaux et des livres, que de livres ! On n’y vient pas par hasard au Bord de l’eau pourtant, on y est très bien accueilli.
Le premier jour, Laura et moi sommes donc arrivées ensemble et avons été prises en charge immédiatement par Olivier Gomez, responsable PAO (Publication Assistée par Ordinateur). Après un bref topo sur la maison d’édition axée sur les sciences humaines, nous nous sommes mises au travail.
Nous avons eu en charge la correction d’une épreuve pour la collection INA (Institut National de Audiovisuel), de l’auteur Vincent Goulet : Médias et classes populaires. La liste de symboles de correction, que nous avait donnée Monsieur Furette lors du dernier cours, a donc été fort utile. Ce sont souvent les mêmes signes qui reviennent, il a donc été facile de les mémoriser. Il faut être très vigilant car les erreurs ne portent pas uniquement sur l’orthographe et la grammaire, il faut également être au fait des normes typographiques et de mise en page.
Il est amusant de constater que l’auteur faisait le même type de faute : les accords au féminin. (Existe-t-il une psychanalyse basée sur les fautes d’orthographe ?) En définitive, c’est un peu comme un énième jet de traduction. Il faut tout vérifier, s’assurer qu’il n’y ait pas d’incohérences, que les phrases soient bien tournées, qu’elles soient compréhensibles... C’est un exercice intéressant pour améliorer son écrit, nul ne doute qu’il sera très profitable au moment des relectures multiples du mémoire.
J’ai par la suite eu l’opportunité d’introduire moi-même les corrections de ce livre grâce au logiciel de publication Indesign. Travail délicat, car il faut faire attention à ne pas bouleverser la mise en page et créer par exemple des veuves et orphelines ou décaler la pagination et chambouler le sommaire. Je craignais d’avoir laissé des erreurs ou pire d’en avoir créé là où à la base il n’y en avait pas. D’autre part, il a fallu plusieurs fois demander à l’auteur de reformuler une note de bas de page ou une phrase dans le corps du texte.
Une lourde responsabilité pesait sur mes épaules. En effet, il s’agissait de la dernière correction de l’épreuve avant signature du bon à tirer par l’auteur. La correction terminée, nous avons donc généré un fichier PDF que nous lui avons envoyé. Nous avons alors pu constater que la relation avec les auteurs n’est pas toujours chose facile, notamment lorsqu’il s’agit de toucher à leur bébé mais également en aval, en ce qui concerne la communication autour du livre.
Autant dire qu’on ne chôme pas au Bord de l’eau et que les stagiaires ne sont pas reléguées aux tâches de préparation de café et photocopie ! A suivre : la réalisation d’un livre par le biais d’Indesign depuis la réception du fichier word de l’auteur jusqu’à l’envoi à l’impression. Tout un programme...
http://www.editionsbdl.com/

Références culturelles, 450 : Francisco Fernández Ochoa

http://es.wikipedia.org/wiki/Paquito_Fern%C3%A1ndez_Ochoa

mercredi 5 mai 2010

« Première journée de stage », par Émeline Laduche

Je commence à 12h. Je pars de chez moi à 11h15. La maison d’édition se situe à 15 minutes en voiture de chez, mais aux Chartrons. Je prévois donc une bonne demi-heure pour me garer. Demi-heure qui me fort utile mais horriblement exaspérante, à tourner et retourner dans le quartier pour finalement trouver une place dans la rue menant à la petite place où se trouve le local de Culture Suds. À 12h01 je franchis la porte. Une jeune femme, Nathalie m’accueille, avec la nouvelle que les patrons ne sont pas là mais arrivent vers 14h. Elle ajoute qu’Antonio m’a laissé pour mission de débuter le site, et sourit en m’annonçant qu’internet ne fonctionne pas depuis qu’elle est arrivée. On vérifie alors tous les branchements et la connexion. Le problème vient du fournisseur d’accès. Tant pis. Je brouillonne alors un schéma de mes idées sur mon cahier de notes et décide de faire un catalogue des publications. Je me dirige dans l’arrière-salle et entreprend de cataloguer les livres présents sur l’étagère et édités par Culture Suds. Tout en faisant cela, je discute avec Nathalie qui peint en gris tous les meubles de l’atelier. En effet, Culture Suds partage le local avec Couleurs Garonne, un atelier de peinture et sculpture, et dont un des artistes a décidé qu’il fallait tout repeindre en gris. Une fois ma liste et sa peinture terminées, Nathalie fait du café. Il est à peine 13h et je ne sais pas quoi faire. Je dois attendre Antonio. Alors pendant ce temps j’aide Nathalie à faire de la place là où il n’y en a pas pour ranger une table et des tréteaux. La femme d’Antonio arrive, travaillant à Couleurs Garonne arrive et nous raconte son week-end. Elle parle avec enthousiasme d’un vide-grenier et d’une bonne affaire à propose d’un vase en pâte d’un verre qu’elle a négocié à 1,50€ et qui vaudrait 200€. Pour moi cette histoire n’évoque rien mais les deux femmes en rient. Antonio finit par arriver. Il est affreusement déçu en apprenant qu’internet ne fonctionne pas. Je lui montre mes schémas de site web. Il trouve mes idées très intéressantes. On s’attelle alors à la mise à jour de la comptabilité de la caisse avec Nathalie. J’écoute attentivement et glane des informations, prends des notes, pose des questions. L’information majeure de la journée c’est que Culture Suds est une association et peut recevoir des subventions de l’Etat ; d’où tenir les comptes à jour pour présenter les dossiers. L’heure de m’en aller sonne. Je m’en vais en lançant un « à jeudi » à la cantonade. Une petite après-midi, un peu courte mais tout de même assez instructive. En attendant la journée suivante, j’ai préparé une ébauche de site web à présenter à Antonio jeudi. Eh oui, le stage ne s’arrête pas en sortant du local.

Fin de premier jet, par Amélie Rioual

Mardi dernier, tard dans la nuit, j’ai tapé le point final du premier jet des cent feuillets de ma traduction longue. Sur le moment, je n’ai rien ressenti, j’étais seulement contente de pouvoir aller me coucher. Mais le lendemain matin, quand je n’y ai pas touché pour laisser reposer un peu tout ça, je me suis sentie perdue. J’y avais tellement travaillé les jours précédents, afin de tenir l’objectif que je m’étais fixée, que je me sentais comme prise en faute de mettre ce fichier de côté pour quelques jours.
Une fois cette phase de « culpabilité » passée, je me suis rendue compte que j’étais soulagée et que j’avais un poids en moins sur la conscience (bien que cela ne se soit pas vu sur la balance…). On pourrait penser que cette réaction est parfaitement ridicule puisque le plus dur et le plus long reste à faire. C’est vrai, mais il faut raisonner de la façon suivante : depuis le mois de novembre, date approximative du choix de la traduction longue, le roman était constamment sous mon nez. Sur le bureau tout d’abord, à attendre que je m’y intéresse vraiment ; à la première lecture ensuite, quand mon œil essayait à la fois de lire pour le plaisir et de déceler des enjeux de traduction ; puis dans divers endroits de mon appartement, à me rappeler constamment que je n’avais pas, ou à peine, commencé à le traduire ; dans mon sac, quand je le promenais partout avec moi pour le relire, afin de réaliser correctement les exercices demandés (relecture primordiale pour la traduction) ; et enfin sur mon écran, une fois le texte scanné pour un travail plus efficace. Finalement, il ne m’a jamais quitté. Et là, ce point final signifie que j’ai fait un premier tour de la question, que je me suis vraiment plongée dans le texte, dans ce moulin et dans cette ambiance particulière de Castilla-La Mancha. Si je n’ai pas résolu tous les problèmes, loin de là, les heures passées sur des sites agricoles –qui, avant, n’étaient pas en tête de liste dans la rubrique « favoris » de mon navigateur– m’ont beaucoup appris et m’ont permis de découvrir un univers qui m’était totalement étranger.
Terminer un premier jet pour la première fois est quelque chose de très particulier. Outre la sensation de « manque » et le soulagement que cela procure, on voit également tout ce que la traduction peut nous apporter. Si à la lecture, mon livre m’a plu, quand j’ai commencé à traduire en revanche, je me suis posée quelques questions, car il est vrai que le style de mon auteur n’est pas particulièrement travaillé –ce qui n’est sûrement pas étranger à son métier de journaliste. J’ai donc eu peur de m’être trompée et que mon histoire de moulin perdu au fin fond de l’Espagne n’ait pas vraiment d’intérêt. Mais au fil des pages, une logique s’est créée dans l’écriture, la faisant évoluer vers un savant enchevêtrement d’histoire personnelle, de descriptions de travaux agricoles parfois ancestraux et d’épisodes historiques. Enfin, évoluer pas vraiment, puisque c’est déjà ce qu’elle était au départ, mais la traduction a transformé ma vision des choses. Ce serait comme un panorama historique, géographique et social d’un endroit méconnu d’Espagne. Les mots sont peut-être un peu forts…mais toujours est-il que traduire mon livre (enfin disons le premier tiers de mon livre) m’a réconcilié avec lui.
Une fois le « manque », le soulagement et l’engouement passés (le « manque » ne disparaissant jamais totalement, sinon, cela ne sert à rien de continuer dans cette voie), il reste un dernier élément. La crainte. Depuis le milieu de la semaine dernière, j’ai envie de commencer à retravailler mon texte. Certains soirs, j’ouvre le fichier intitulé « VF », lis le premier paragraphe et me demande comment j’ai pu écrire ça, sans pour autant parvenir à trouver mieux (inutile de dire que je finis par refermer la page, désespérée). D’autres soirs, je rentre tard, fatiguée par une journée de stage à cent à l’heure à cause de la réunion du lendemain préparée à la dernière minute, comme d’habitude. Reste le week-end, mais ce dernier a été consacré à la visite de la capitale. À croire que je repousse le moment où je me replongerai dans toutes ces pages pour en faire quelque chose de mieux. Promis, je ne repousserai pas plus tard que samedi prochain. Une nouvelle étape m’attend.