samedi 8 mai 2010

« Première semaine de stage », par Amélie Rioual

En photo : Saint-Germain-des-Prés, par Jérôme Sneuw

À peine remise des péripéties de mon voyage entre Bordeaux et Paris (un train raté et 58,5 kilos de bagages à transporter, pour ceux qui auraient oublié), il me fallait affronter les terres inconnues de la capitale, et plus particulièrement celles du 17 rue Jacob, dans le 6ème.
Qu’à cela ne tienne ! Armée de ma carte Navigo flambant neuve, je m’engouffre pour la première fois dans la bouche de métro ‘Volontaires’, ligne 12, direction La Courneuve. Deux stations plus loin, je descends à Montparnasse-Bienvenue, puis nouvelle ligne de métro, la 4 cette fois, direction Porte de Clignancourt. Saint-Germain-des-Prés. Arrivée. Si Émeline devra se battre pour trouver où se garer, mon quotidien, désormais, sera de me souvenir dans quel wagon entrer pour avoir le moins de chemin à parcourir avant la sortie, de me frayer un passage parmi les voyageurs et de ne pas rater la station. Et la même chose en sens inverse, bien entendu. Mais entrons dans le vif du sujet, à savoir ma première semaine de stage.
Je ne vais pas vous faire un compte-rendu au jour le jour, ce serait ennuyeux et parfaitement inutile puisqu’évidemment, j’ai des missions quotidiennes à effectuer, notamment celle de me servir d’un logiciel nommé Dune. Chaque jour, nous recevons de la part des représentants des Services de Presse (SP) ; ce sont des étiquettes autocollantes à l’en-tête JC Lattès-Le Masque, sur lesquelles sont notés le nom et adresse de chaque libraire qu’ils ont rencontré. Au dos, le représentant indique le (ou les) livre(s) que cette personne veut recevoir. Mon rôle est de répertorier (dans Dune) chacun des livres que nous envoyons, dans le but de pouvoir ensuite éditer des listes d’envoi. Ainsi, si nous publions un livre dans le même genre que Dan Brown, nous savons quelle librairie est susceptible d’avoir la clientèle pour le vendre, et nous pouvons le leur expédier directement. En effet, après la phase informatique vient la phase logistique : je dois descendre dans la réserve (véritable temple livresque) pour glisser les livres demandés dans des enveloppes, sur lesquelles je colle lesdites étiquettes (d’où leur vertu autocollante !). Cette opération pourrait sembler rébarbative à première vue, mais détrompez-vous : il faut déjà comprendre la logique d’utilisation des différentes enveloppes et colis –les librairies de Paris ou en banlieue, les particuliers de Paris ou de banlieue et la province ne sont pas logés à la même enseigne– et surtout, cela permet d’assimiler titres, auteurs et collections. Il me faut parfois monter sur une échelle branlante pour attraper un « vieux » livre de l’an dernier, déjà relégué en haut des étagères ! Cela me permet de me remettre un peu au sport, d’autant plus que la maison étant située dans un ancien hôtel particulier, il y a 4 étages qu’il faut constamment monter et descendre.
Mais je m’égare… Mardi, j’ai passé la matinée à arpenter les rues et métros parisiens pour visiter trois Fnac (Fnac Saint-Lazare, Fnac Forum et Fnac des Ternes), Virgin Barbès et la Librairie de Paris pour étudier comment les livres Lattès et Le Masque sortis en mars-avril y étaient placés. Bilan : un périple extrêmement enrichissant, je n’aurais jamais imaginé que des enseignes similaires pouvaient traiter un même livre de manière aussi différente. Pour vous donner un exemple précis, Debout sur la Terre, de Nahal Tajadod est un roman du Moyen-Orient, rayon peu développé dans les librairies. Aucun magasin ne le place de la même manière. Dans deux Fnac, il se trouvait sur l’étagère la plus basse d’une table placée dans le rayon Littérature Étrangère. Dans la troisième, il était sur le dessus d’une même table, toujours dans ce rayon. Enfin, à Virgin et à la librairie de Paris, il était surélevé, et dans le rayon Littérature francophone, donc bien plus en valeur. Pour autant, l’auteur a appelé hier car elle est inquiète du peu de presse faite autour de son livre. Eh oui, le marché du livre aussi subit la crise…je l’entends tous les jours autour de moi, notamment lors des coups de téléphone passés aux libraires.
Durant cette première semaine, j’ai également assisté aux réunions de fabrication de Lattès et du Masque. Une petite explication s’impose : Jean-Claude Lattès et Le Masque sont, au départ, deux maisons indépendantes qui partagent désormais le même toit. Le Masque publie uniquement des polars sous plusieurs collections : Le Masque Jaune (couverture célèbre des Agatha Christie), MSK (nouvelle collection destinée aux adolescents ; le fameux Hush Hush de Becca Fitzpatrick en tête de gondole de toutes les librairies), Le Masque (livres grands formats) et Labyrinthes (collection de poche). Quant à Lattès, ils publient un peu de tout : littérature francophone, littérature étrangère (le prochain William Ospina, Le pays de la cannelle, sort pour la rentrée littéraire), littérature historique, essais et documents, romans noirs (il faut que je me renseigne sur la différence entre ces romans-là et ceux publiés au Masque). Pour plus de précision, je vous mets l’adresse du site : www.editions-jclattes.fr. Donc pour en revenir aux réunions, il y en a deux différentes, qui se déroulent de la même manière. Chaque personne présente dispose d’un planning de fabrication et la table commente les titres, les délais, les couvertures choisies…pour le Masque d’abord, puis pour Lattès.
Jeudi et vendredi mon maître de stage était absent, mais il m’avait laissé des tâches à accomplir. Tout d’abord, je devais aller sur un site nommé « portail de mise en vente » (pmv), où je devais entrer chaque titre à paraître en août et septembre (période la plus importante de l’année pour une maison d’édition, car il s’agit de la rentrée littéraire) ainsi que des renseignements tels que le prix TTC et HT, le tirage total et le tirage pour les A, les B et les Hypermarchés si besoin. Cette histoire des A et des B va, je pense, vous être totalement étrangère, mais je vous l’expliquerai dans un autre post, celui de ma deuxième semaine. Ma deuxième mission était de mettre à jour le répertoire « infos libraires » de la messagerie Outlook de mon maître de stage grâce au site Dilicom, qui recense tous les libraires de France. Je dois bien avouer que cette mission a été particulièrement longue et ennuyeuse. C’est le lot de tout stagiaire, j’imagine.

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